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Date de parution : 20/08/2019
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L'autre côté

Novelliste avec quelques excellents recueils à son actif (Le diable est au piano, Philip K. Dick goes to Hollywood...) romancier capable de fantastique en béton (La panse) ; d'aventure space-polardesque (Le casse du continuum), ou de l'étrange moyen-âge d' Hildegarde, Léo Henry sait étonner et s’est attaché un lectorat qui aime les bonnes surprises. Cette fois, il symbolise (volontairement ?) le propos de son texte en émigrant chez un éditeur (Rivages) dont la science-fiction n’est pas le genre de prédilection. Souhaitons-lui de toucher, lors cette escapade éditoriale, les habitués d’une littérature qu’on dit plus générale, car son roman mérite amplement que nous passions tous quelques heures de L’autre côté

Injustices partout, espoir nulle part ?

Dans la ville de Kok Tepa, c’est à la fois le moyen-âge et le futur proche. Les moines ont accès à des remèdes qui les rendent immortels tandis que les castes inférieures, guerriers et marchands, n’y auront jamais accès. Cette situation est d’autant plus insupportable que ces drogues réservées à l’élite religieuse pourraient soigner et sauver les vies des malades touchés par le virus mortel dont souffrent de nombreux habitants de la cité. Rostam y est organisateur d’exil et prépare l’émigration de ceux qui ont les moyens de tenter de gagner des cieux réputés plus cléments. Il planifie les départs et leur fait bénéficier de son réseau de passeurs et de contacts à l’extérieur. Une catastrophe personnelle l'obligera à fuir à son tour avec sa famille et à faire lui-même l’expérience des épreuves qui attendent ceux qui tentent de gagner L’autre côté

Et derrière l’autre côté ?

Si le présent de l’indicatif, particulièrement en vogue dans les textes littéraires depuis le début du siècle, est adapté aux documentaires et reportages d’actualité, il l’est en revanche beaucoup moins en fiction, où la caractérisation des personnages et l’éventuelle profondeur du message demandent une mise à distance que l’on retrouve plus volontiers dans les conjugaisons du passé. Ce n’est bien sûr qu’une opinion personnelle et il faut bien reconnaître que pour une fois, ce maudit (omni)présent de l’indicatif est justifié. Léo Henry joue avec sa relative simplicité en démontrant une maîtrise formelle qui met pudiquement en relief son sujet : l’exploitation de la misère et la tragédie des migrations. Dans L’autre côté, les images ne se contentent pas de défiler pour s’exposer à la curiosité des voyeurs télévisuels en manque de sensations fortes, mais dénoncent et parviennent à éveiller, toujours avec un style direct mais élégant, une authentique compassion chez le lecteur. Ce que nous ferons de cette prise de conscience éventuelle, il appartiendra à chacun d’en décider mais en chemin, nous aurons tous lu un excellent roman, impeccablement construit et qui laissera dans les esprits un souvenir beaucoup plus tenace que la petite centaine de pages dont il est constitué ne le laissait présager au départ. L’autre côté est un bien bel ouvrage, qui démontre que finalement, la fiction nous parle toujours de la réalité.

 

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