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Le Cargo du Roi Singe

Joann Sfar (Scénariste), Hervé Tanquerelle (Dessinateur), Brigitte Findakly (Coloriste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/05/2002  -  bd
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Le Cargo du Roi Singe

Joann Sfar, auteur prolifique, est devenu en peu de temps un arrêt incontournable sur l'autoroute de la Bande Dessinée. Il développe au fil de ses albums un univers étrange et fascinant qui enthousiasme le public autant que les critiques. Au fur et à mesure de ses publications, on peut s'apercevoir qu'il se tourne de plus en plus vers l'écriture. A tel point qu'il confie aujourd'hui sa série Professeur Bell aux bons soins d'un jeune dessinateur, Hervé Tanquerelle. Mais il a scénarisé de nombreuses autres BD, la plus volumineuse étant sans conteste Donjon qu'il a créé avec Trondheim, véritable hydre ou monstre tentaculaire, au choix. Il a aussi collaboré avec des dessinateurs dont il admire le talent mais qui appartiennent surtout à la même " confrérie ", celle de L'Association. Ainsi, ont pu voir le jour des albums tels que Les Olives noires (Dupuis, 2002) avec Guibert qui a publié La guerre d'Alan (L'Association ; 2002), Urani avec David B. (Dargaud ; 2000) qui a publié Epileptic (L'Association ; 2002)… Et même Trondheim publie lui aussi à L'Association son Carnet de Bord. Ce n'est pas un hasard si Sfar s'associe sur ce dernier opus de Professeur Bell à Tanquerelle.

En effet, Tanquerelle a publié sa première Bande Dessinée à L'Association. La Balade du petit pendu, dont il assure le scénario et le dessin, rencontre son public. S'ensuit une participation au collectif Comix 2000. Tanquerelle est dès lors lancé. Glénat lui accorde sa confiance, ainsi qu'à Hubert, pour Le Legs de l'Alchimiste qui paraît dans une nouvelle collection, La Loge noire, que l'éditeur lance. C'est en voyant des photocopies de certaines de ces planches que Sfar décide de prendre contact avec Tanquerelle pour qu'il reprenne les dessins de Professeur Bell. Leur coopération ne suscite aucune surprise à la vue de la proximité graphique des deux auteurs.

Un Professeur morose

Le Professeur Bell s'ennuie ferme. Sa femme lui manque terriblement et les monstres ne le distraient plus. Ce bon vieux Eliphas tente de faire de son mieux pour que le Professeur cesse de broyer du noir, mais il ne fait que le rendre davantage taciturne. Heureusement, l'ami Ossour est de retour d'un voyage au Moyen-Orient et il amène avec lui un peu d'action. Le cadeau qu'il a ramené à Joseph Bell a été enlevé par des malfrats. A quelle mystérieuse fin peut-on enlever un singe de 5 mètres de haut ?

Des éloges, des éloges...

Première constatation, la collaboration entre Sfar et Tanquerelle s'avère fructueuse. Ce troisième album s'inscrit dans la lignée des précédents, sombre, torturé, morbide. Tanquerelle, comme on avait déjà pu le constater avec Le Legs de l'Alchimiste, se place sans aucun doute possible dans la filiation de Sfar, et cette parenté graphique lui permet de reprendre facilement la série sans pour autant décontenancer le lecteur. Cependant, il est malaisé de se glisser dans un canevas bien tisser et Tanquerelle s'en sort plutôt bien. Tout en se conformant à l'univers si reconnaissable de Sfar, il tente d'apporter une touche plus personnelle. Son crayonné par exemple est plus dense, les traits des personnages sont affinés, et le Professeur Bell n'a jamais semblé si " expressif ". C'est donc avec de la technique, de la créativité et beaucoup d'humilité que Tanquerelle a relevé le défi. Sfar quant à lui est décidément très à l'aise en tant que scénariste. L'histoire est excellente, mâtinée de philosophie et de cynisme. Son héros est égal à lui-même, sarcastique, noir, intellectuellement brillant, doté d'une solide culture, plein de finesse et d'humour. Mais dans cet album il est un peu plus " dépressif ", et surtout la ressemblance avec Sherlock Holmes est accrue. Les inconditionnels de Sfar retrouveront avec plaisir un personnage déjà rencontré dans les Bandes Dessinées parues chez Cornélius, Ossour Hyrsidoux (Les Aventures d'Ossour Hyrsidoux, Cornélius). De plus, Sfar a toujours sa verve lettrée et intelligente, ce qui pousse à croire qu'il y a un clin d'œil à Ophélie (case 6, planche 44), qui est totalement novateur et décalé. En outre, il faut rendre hommage à Brigitte Findakly, il y a une véritable recherche dans la mise en couleur. En effet, elle se sert d'une palette relativement terne, privilégiant les ambiances nocturnes, grises, plus propices aux mystères à l'inverse des tomes précédents dont les couleurs étaient plus éclatantes. Chaque détail coloré prend ici un relief particulier, pour exemple les tuniques de chasse rouges, le bleu-vert d'Eliphas… En somme, un défi largement relevé qui laisse présager de nouvelles aventures du Professeur aussi incongrues et fantastiques qu'agréables à regarder, tout simplement.

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