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Le Jour du lion

Nicolas Cluzeau ( Auteur), Miguel Coimbra (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 30/04/2008  -  jeunesse
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Le Jour du lion

A travers la collection « Royaumes perdus » lancée il y a un an, Mango Jeunesse et Xavier Mauméjean explorent des mythes et légendes de tous les continents. C’est un parti pris pédagogique et courageux en faveur de l’hybridation des imaginaires.  De la fantasy à l’heure de la mondialisation. En six titres, la parole avait déjà été donnée aux légendes islandaises, grecques, romaines ou mayas. Avec  Le Jour du lion , l’Anatolie et la Perse sont à l’honneur (le lion ne s’appelle pas Aslan).

Il faut dire qu’elles ont trouvé avec Nicolas Cluzeau un porte-parole de choix, puisque formé à la fantasy par les jeux de rôle, puis par l’écriture, cet auteur français est devenu turcophile par alliance. Le détour par Byzance, Mantzikert  et le lac de Van est un dépaysement complet. Pari réussi : l’enchantement est  triple, celui d’un récit palpitant, d’une balade historique (les mœurs nomades des Uluhans) et d’une excursion imaginaire (la magie des Steppes ancestrales).

Nicolas Cluzeau, auteur d’une dizaine de romans chez Nestiveqnen, où il est directeur de collection, quitte son éditeur favori pour donner libre cours à ses penchants orientaux. Gageons que ce premier roman chez Mango jeunesse ne sera pas le dernier.

La magie vengeresse de la kam

Le djirit (bataille de javelots entre cavaliers) donné à l’occasion du mariage de la princesse Bashak, la sœur du cavalier uluhan Yildirim, est interrompu par l’approche de l’armée byzantine. La guerre reprend en Anatolie. Les Uluhans attaquent le camp de l’Empereur Diogène et ils auraient gagné le combat si une sorcière Perse, Chiraz, blessée par Yildirim, n’avait jeté les foudres du ciel du dieu Ahriman contre les cavaliers des steppes. Yildirim et son futur beau-frère sont capturés et relâchés, une fois possédés par des djinns noirs, pour tuer le sultan Alp Arslan. 

Heureusement, Djeren, une chamane (kam) liée aux Lions de Kharezm, parvient à déjouer ce plan machiavélique. Après avoir libéré Yildirim de son hôte maléfique, elle cherche par tous les moyens à se venger de la sorcière Chiraz, adepte des forces du mal zoroastriennes et  responsable de la mort de sa mère. Jusqu’à l’issue finale, Yildirim et Bashak se battront aux côtés de la kam Djeren.

Un souffle épique force neuf

Le roman commence à cheval à toute allure. De djirit en bataille, d’assassinat en quête d’antidote, la première moitié du récit est menée au galop. Puis c’est à dos de loup que la magicienne Djeren, Yildirim et Bashak partent à la rencontre des lions du Kharezm (ancien Etat régnant sur l’Iran, le Turkménistan et l’Afghanistan actuels). Là, à l’instar du monde d’Arthur, les anciens dieux tutélaires et la magie perse ont conservé leur force face aux nouvelles croyances (l’Islam). La seconde partie, plus lente, est toujours mouvementée. La magie y prend plus d’importance et, en dehors des combats, les jeunes Uluhans deviennent des personnages quasi-secondaires, mais la vraie héroïne devient Djeren, la magicienne. 

En deux cents pages et vingt-deux chapitres, le roman parcourt des milliers de kilomètres et nous plonge au cœur de la Turquie médiévale des Seldjoukides, ces nomades venus d’Asie qui allaient bâtir un Empire de l’Asie centrale à l’Afrique du Nord. Au menu, kams (chaman) contre baskshis (chaman utilisant également des sourates du Coran) et mages de Zoroastre ; Basileus (empereur de l’Orient romain) contre beys (chefs de guerre) et khans (seigneurs) ; Chalvars (pantalons bouffants), tolgas (casques de cavalier) et gers (petites yourtes) pour les nomades. Un vrai dépaysement. Plus allogène que Les chroniques d’Arslân 1. Un vent revigorant. Nerveux et neuf sur l’échelle de Beaufort.

Même s’il est beaucoup question de magie et de sortilèges, Nicolas Cluzeau, en bon maître de jeu, cherche toujours à coller à une certaine vraisemblance. Les héros sont blessés pendant les combats. La plupart d’entre eux y laissent d’ailleurs leur vie. Le héros combattant ne convole pas avec la magicienne. Les héros n’ont pas que des qualités. Le côté obscur de Djeren est évoqué dans plusieurs chapitres.

L’écriture est efficace. Précise dans les gestes et les combats. Juste dans les sensations. Maîtrisée dans le jeu des sentiments, où la retenue est de rigueur. Peu empreinte d’envolées lyriques, elle atteint son but premier, celui de mener le jeune lecteur à l’intérieur du récit sans lui laisser de répit. De la violence sans ostentation. Pas de sexe. Pas d’intrigue trop alambiquée ou de considérations ethnologiques trop élevées. Un roman tout désigné pour les adolescents et les adultes en quête de divertissement exotique.

Pourquoi le jour du lion ? Bonne question. Il y a les lions du Kharezm, les félins protecteurs de Djeren, mais ce n’est qu’à la fin que, d’une patte malhabile, Yildirim, l’unique rescapé de l’aventure avec Djeren, comprend que son grand jour est arrivé (lequel ?). En turc, le titre doit avoir plus d’allure…

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