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Le Lieur de songes

Anne Ploy (Scénariste), Fred Juret (Dessinateur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/01/2007  -  bd
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Le Lieur de songes

Qu’est-ce qui distingue un amortel d’un immortel ? L’amortel peut être atteint mortellement, mais il ressuscite. Il vit donc des cycles d’éternité. Son corps et son âme ne font qu’un à l’inverse de l’immortel dont seule l’âme est immortelle.

Initiés aux mythes du passage dans l’au-delà, neuf amortels, représentants de neuf civilisations, doivent éviter à l’homme de revenir au chaos des premiers âges en scellant le premier cercle de la civilisation. Ils s’unissent pour empêcher le druide Albred et Brennus le celte d’atteindre le pouvoir suprême et sauver Koubou, l’enfant d’Afrique.

Cette série ambitieuse a été imaginée par Anne Ploy, qui nous avait déjà habitués à des scénarios riches et alambiqués avec Anahire, L’Ancêtre programmé, Fides  et La Tentation de Satan. Anthropologue et philosophe, Anne Ploy verse heureusement dans le syncrétisme ésotérique et l’universel. 

Pour cette série, elle s’est associée à un autodidacte, Fred Juret, qui a fait ses premières armes dans le cinéma et le théâtre, avant d’aborder la BD via Les Amortels. Une assurance contre l’oubli ?

La course du chaos

Dans ce troisième album, les armées de toutes les nations s’affrontent dans différents lieux pour savoir quel sera l’immortel qui les défendra. Les amortels courent, par groupes, vers leur destin, ils tentent de se rejoindre afin d’empêcher le mauvais druide Abred, possédé par le crâne de Postunius, de tuer Koubou, l’enfant qui chante. S’ils parviennent à éviter les batailles, les combats singuliers ne leur sont pas épargnés, mais c’est le prix à payer pour éviter aux hommes le retour au chaos.

Tous ces destins et ces rêves sont entremêlés par le Lieur de songes, allégorie du créateur, dramaturge et thaumaturge, qui entrelace les vies de ses créatures en s’en émerveillant.


Comprend qui peut : un scénario mortel

Le dessin de Juret, parfois décrié, pour son manque de mouvement et le caractère inexpressif des visages, est en progrès : les scènes de bataille et de combat singulier y sont sans doute pour quelque chose. Comme pour les numéros précédents, on pourrait faire la fine bouche et critiquer le traitement inéquitable des décors, mais, cette fois, les scènes de déroulent en plein désert… Globalement, le style graphique se tient. Le découpage des actions est pertinent. En dehors de la première page, peu d’audace dans les plans (pas de sortie de cadre, très peu d’angles extravagants), mais des plans adéquats et une vraie lisibilité graphique de l’action. Pour ce qui est des couleurs, on notera une alternance de couleurs chaudes et froides suivant les scènes et l’absence de vert.

Un conseil : ne lisez par le tome 3 sans avoir lu les deux précédents (dans l’ordre, c’est mieux) ! Vous risquez vite d’être dépassé par les événements. Si vous avez lu les deux premiers tomes, relisez-les avant d’aborder le troisième, c’est plus sûr. Ce qui est certain, c’est qu’une lecture rapide de l’album vous laissera perplexe, à supposer que vous arriviez jusqu’au bout.

Anne Ploy est victime de sa louable ambition. Au fil des albums, la cohérence narrative se perd. Il est difficile de gérer dans un scénario, et malgré la convergence finale,  une quinzaine de personnages à la fois, avec chacun leur univers magique et leur empreinte culturelle. C’est d’autant plus délicat que toutes les actions se déroulent dans un temps court Comme le montage alterné, le séquencement d’actions simultanées est à utiliser avec modération, au risque de perdre les lecteurs. Il manque parfois des rappels (noms, événements passés, prophéties, croyances) ou des connecteurs (transitions, nature du lien entre séquences) pour permettre à l’humble lecteur de s’y retrouver.  L’action fouillée, mais virant au fouillis condensé, eût sans doute méritée d’être traitée sur une distance plus longue. Dommage, le parti pris initial de traitement parallèle, puis convergent, des mythes et des civilisations était très original et tout à fait édifiant (cf. le glossaire didactique en avant-propos).

Ploy, dans Les Amortels, c’est comme les textes de Bobby Lapointe : comprend qui peut. Mais il est vrai qu’en écoutant attentivement, on comprend même l’auteur d’Insomnie et de L’Hélicon. Un lecteur averti en vaut deux, alors, à deux, pourquoi pas Ploy ?

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