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Le Rire aztèque

Enrico Marini (Dessinateur, Coloriste), Thierry Smolderen (Scénariste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 30/04/2002  -  bd
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Le Rire aztèque

Marini est un dessinateur très en vue dans le petit monde de la Bande dessinée ! Pendant six ans, il fréquente l'Ecole des Beaux-Arts de Bâle en Suisse où durant quatre années il va étudier le graphisme. Puis, repéré par les éditions Alpen Publishers, il sort la série Olivier Varèse, dont le style est très proche du manga, d'ailleurs Marini dit avoir été influencé à cette époque par Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira. C'est sur cette série qu'il rencontre Smolderen avec qui il collabore sur deux albums. Ensemble, ils se lancent dans l'aventure Gipsy mais, alors que Smolderen voyait un personnage plutôt fin, rusé et mystérieux, Marini lui dessine une brute qui tient plus de l'homme de Néenderthal que de l'esthète raffiné ! L'engouement du public pour ce fier Tsigane qui parcourt le monde avec son gros camion ne se fait pas trop attendre. Suivent alors d'autres BD avec des scénaristes différents. On retiendra L'Etoile du Désert, western en deux tomes scénarisé par Desberg, qui raconte l'histoire d'un homme à la vie plutôt tranquille et sans surprise, ayant de hautes responsabilités à la Maison Blanche et dont la maîtresse n'est autre que sa secrétaire, jusqu'au jour où il retrouve sa femme et sa fille violées et tuées chez lui, dans sa belle maison cossue ; s'ensuit une descente aux Enfers qui l'entraînera aux confins de l'Ouest américain. Il collabore à nouveau avec Desberg sur Le Scorpion, série de cape et d'épée se déroulant au XVIIIème siècle dont le héros porte la marque du diable. Et Rapaces avec Jean Dufaux qui retravaille le mythe du vampire en plaçant le contexte à notre époque aux Etats-Unis .

Smolderen, quant à lui, est le scénariste de la série L'Enfer des Pelgram dont le dessin est de Bertail et MacCay avec Bramanti qui sont certainement ses BD les plus connues. Mais c'est surtout un spécialiste de la bande dessinée reconnu comme tel. En plus de dispenser des cours, il a écrit de nombreux ouvrages sur des auteurs tels que Hergé, Schuinten, Moebius ou Tardi ! C'est une figure incontournable de la théorisation de la BD et c'est peut-être pour cela qu'il est très intéressant de le voir œuvrer en tant que scénariste.

Un mal ancestral...

Ce sixième opus de Gipsy nous entraîne à la suite de Tsagoï en Amérique Latine. Au Parador plus précisément d'où semble parti un effroyable virus qui transforme ceux qui en sont atteints en zombies meurtriers et sanguinaires, doués d'une force extraordinaire tout en les marquant d'un sinistre rictus. L'OMS se décide enfin à envoyer des vaccins pour protéger la population locale de ce fléau. C'est dans ce contexte que le Gipsy arrive dans ce pays ravagé par ce mal ancestral, le Rire aztèque, mais lui, transporte des petits pots pour bébés ! Dans les détours de la très sinueuse Route des Sept Cols qu'il va emprunter pour traverser le pays, il fera de nombreuses rencontres plus ou moins chanceuses, à commencer par la nièce de Big Ben, Marlène, qui fait elle aussi partie de la Selmer. Il faudra tout son sang froid au Gipsy pour se sortir de cette aventure où la mort le frôle de très (trop) près.

Bof...

Autant le dire tout de suite, si vous cherchiez l'ambiance féerique et magique du cinquième tome, L'Aile blanche, vous serez déçu. Ce sixième volet est un retour aux sources. Il est aussi violent que les premiers volumes mais l'humour en moins. Issu du peuple Tsigane, le Gipsy en a gardé le goût des voyages, c'est un nomade qui arpente le monde inlassablement à bord de son camion baptisé L'Etoile. Son rôle de personnage itinérant permet au lecteur de suivre ses aventures dans les pays du monde entier, ce qui est assurément un plus pour le scénario. Des hivers sibériens aux déserts étouffants de chaleur, le dessin de Marini peut se confronter à tous les décors. Le problème avec ce dernier tome, ce ne sont pas les dessins qui sont toujours excellents et qui plongent le lecteur au plus profond de l'Amérique Centrale, au milieu des ruines d'anciens empires, que l'on croyait à jamais disparus, mais qui ressurgissent des abîmes de la forêt vierge. Le problème, c'est le scénario. Dire qu'il n'y en a pas serait une critique un peu trop virulente. Non, disons simplement qu'il n'est pas satisfaisant. L'intrigue est cousue de fil blanc, les personnages secondaires n'ont aucune consistance et bien souvent on peut estimer être en droit de se demander quel rôle exact ils jouent et à quoi ils servent. Le milieu dans lequel évolue notre Tsigane préféré est bien rendu. Inscrire en filigrane la tradition de la fête des Morts qui se déroule au Mexique à la Toussaint est une bonne idée et se rattache bien à la structure d'ensemble. Mais il manque une trame véritable et les rebondissements sont convenus. Quant à la fin… En outre, il y a un élément dont le manque se fait cruellement sentir, c'est l'humour. Le Gipsy a perdu sa verve habituelle. Il n'y a rien de drôle dans Le Rire aztèque, les répliques tombent le plus souvent à plat, elles sont un peu trop " lourdes ", et on n'entend que très rarement les fameux jurons de cet enfant des rues, seules quelques situations peuvent s'avouer cocasses comme la scène avec les anciennes strip-teaseuses devenues militaires. Bref, la déception est grande. Le cinquième tome était une merveille, un enchantement, tant au niveau du scénario que des dessins qui le sublimait. Après le tour de force de L'Aile blanche, on aurait aimé retrouver un album aussi bien ciselé, ce n'est pas le cas. Cependant, si vous aimez beaucoup la série, vous y trouverez certainement votre compte. Pour les néophytes, allez plutôt voir les trois premiers tomes et l'avant dernier qui sont de bien meilleure facture.

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