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Le village au bout du monde

Jean-Luc Marcastel ( Auteur), Jean-Mathias Xavier (Illustrateur interne)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/12/2008  -  jeunesse
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Le village au bout du monde

Jean-Luc Marcastel est un passionné d’Histoire, il en a même fait son métier en devenant professeur. Il est aussi passionné par le sud de la France, les gens qui y vivent et les paysages qui s’y trouvent. Ce n’est donc pas étonnant que les séries qu’il écrit se situent dans le passé (la Seconde Guerre mondiale pour Frankia et le Moyen Age pour Louis le Galoup) et dans le sud de l’Hexagone. Toutefois, il aime aussi le fantastique et nous propose chaque fois des univers décalés et emplis d’une magie personnelle.

Un monde effrayant
Louis est un garçon de ferme. Il habite aux pieds des montagnes, celles qui séparent le pays d'Occitània de l’horrible trou béant qui partage l’ancien royaume de France en deux. Dans son monde, il n’est pas possible de remonter vers le nord à partir d’Aurillac et tout ce qui s’y trouve est inconnu, caché derrière une brèche dont suinte une pestilence qui transforme hommes et bêtes en terrifiants monstres.
La vie du jeune garçon bascule le jour où, pour protéger son frère, il se transforme en Galoup, sorte d’énorme loup à la puissance phénoménale. Son existence difficile, mais paisible est alors brisée, toutes ses certitudes partant en fumée. Il se retrouve traqué par des forces malfaisantes, forcé à fuir le seul endroit qu’il connait, poussé par la peur à travers la forêt. Et ce n’est pas la présence à ses côtés de son frère si différent et d’une jeune, attirante, mais horripilante sorcière rousse qui peut le rassurer quant à son avenir...

Un pari un peu fou
La série de Louis le Galoup comptera cinq volumes, qui sont déjà écrits, mais pas encore publiés. L’auteur a voulu conter une histoire venue de notre passé, sortie de la France profonde, racontée pour nous avec une langue qui n’appartient qu’à notre culture. C’est pourquoi chaque phrase de ce premier volume utilise des artifices d’écriture empruntés à l’un des auteurs dont la langue fleurie nous enchante depuis longtemps : Marcel Pagnol. Le phrasé, les mots, le rythme, chaque page semble sortir tout droit de la garrigue, des Causses et chanter le soleil du Midi.
Évidemment, le souci d’une telle approche est qu’elle séduit ou repousse. Il y aura donc des lecteurs qui adoreront, d’autres qui refermeront l’ouvrage avant même de finir le premier chapitre. Pour les seconds, ce sera dommage, car ils auront perdu une occasion, un texte qui tranche sur la froideur de certaines traductions bâclées d’ouvrages anglo-saxons déjà débités à la hache par leurs auteurs.
Marcastel n’est pas Pagnol, certes. Il en fait souvent trop et par moment ses emphases et ses envolées lyriques tombent brutalement à plat. Mais globalement, on trouve une certaine chaleur, une odeur de feu de bois et de tourbe qui vient de loin dans notre passé. Il suffit de se laisser emporter. La présence, en fin d'ouvrage, de plusieurs recettes de cuisine venues du passé et de la région évoquée dans le texte ajoute à cette impression de "littérature de terroir".

Une histoire authentique
Un garçon confronté à sa propre monstruosité, un frère qui n’en est peut-être pas un, un amour déchirant avec une fille dont tout le sépare, un destin déjà tracé avant sa naissance... Il n’y a peut-être rien de vraiment neuf dans cette énumération. Pourtant, le résultat obtenu par Marcastel est une vraie histoire, qui se tient debout toute seule et ne doit rien à personne. Et c’est très intéressant, car il nous parle de notre histoire, de nos légendes, de notre inconscient de Français. Il ne se sert pas de littérature nordique, de contes anglo-saxons ou orientaux, comme il est devenu coutume de le faire. Il parle de notre terre.

Porté par un excellent crayon
Un autre intérêt de ce livre, pour ceux qui aiment ce type de travail, est le fait qu’il soit illustré. Jean-Mathias Xavier a réalisé des dessins à partir des descriptions de Marcastel. Depuis des petits encarts jusqu’à de pleines pages, le trait foisonnant, mais réaliste, le dessinateur arrive à recréer l’ambiance et à s’insérer dans l’œuvre sans la caricaturer ni l’emprisonner dans sa propre vision.

Il ne s’agit que d’un premier tome, mais la série démarre bien. Même si l’originalité est parfois discutable et le style trop appuyé, c’est une belle histoire de chez nous que content et croquent les auteurs.
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