Quand un ancien capitaine de l’US Air Force, diplômé en architecture et fan d’aéromodélisme se met à la science-fiction, cela peut donner un auteur comme Keith Laumer et des livres d’aventures spatiales ou temporelles parfois un peu brouillonnes, mais d’une lecture suffisamment intéressante et plaisante pour faire l’objet d’une nouvelle archive. Et n’oublions pas l’indispensable qualité dont savait faire preuve Keith Laumer, celle qui résiste le mieux à l’usure du temps : le sens de l’humour ! L’ordinateur désordonné est un de ces livres qui ont donné à la science-fiction populaire des années soixante ses lettres de noblesse, et sa relecture est un hommage que nous lui rendons…
Et si l’IA n’était rien de plus qu’un bon numéro de cirque ?
Chester hérite d’un cirque au bord de la faillite, d’un manoir en ruine et… des dettes de son grand-père ! Pas d’hésitation, il va falloir vendre. Avant d’en arriver là, cependant, il ira fouiner dans les caves à vin de Papy et y découvrira un vieil ordinateur qui n’a pas perdu son temps. Depuis des décennies, il collecte et stocke des informations et il est à présent capable de répondre à presque n’importe quelle question. Chester et Case, son compère gestionnaire du cirque (et accessoirement jongleur, acrobate, guichetier…) vont découvrir que la machine de Grand-Papa est aussi en mesure de bricoler leur perception de la réalité et de leur faire visiter les mondes étranges qu’elle crée peut-être, à moins que le voyage temporel ne soit aussi une de ses options. Peu importe, pour nos héros le résultat est le même : un enchaînement de contrariétés et de solutions bancales. Comme dans la réalité, finalement !
The great time machine hoax !
La grande arnaque de la machine temporelle, tel est en effet le titre anglais de L’ordinateur désordonné, ce qui en dit bien plus long sur les manœuvres de cette IA qui, peut-être pas vraiment intelligente, est certainement bien plus sournoise qu’il n’est souhaitable. A l’époque de la rédaction du roman, les ordinateurs avaient encore des dimensions imposantes et fonctionnaient avec des cartes perforées ! Dans ces conditions, les imaginer capables de manipuler le temps ou la réalité relevait bien de la science-fiction… Soixante ans après la première parution de ce drôle de récit, l’aspect novateur de l’intrigue est quelque peu éventé, c’est certain. L’ordinateur désordonné reste pourtant d’une lecture agréable, dynamique, souvent drôle, et certains des thèmes qui s’en dégagent restent très actuels, comme ce monde ou quelques-uns des aspects les plus douteux des méthodes de développement personnel sont mis en relief, tandis que d’autres pages orientent la pensée vers la notion de liberté dans une civilisation techno-centrée. Même si Keith Laumer ne propose pas de véritable alternative au choix entre le confort ou la barbarie (il faudra encore quelques années avant le mouvement hippie), il a au moins le mérite de poser la question…
La chronique de 16h16