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Maître de l'espace et du temps

Jean Bonnefoy (Traducteur), Benjamin Carré (Illustrateur de couverture), Jean-Pierre Pugi (Traducteur), Rudy Rucker ( Auteur)
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/10/2005  -  livre
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Maître de l'espace et du temps

Ce lourd volume est une compilation de deux romans et d’un recueil de nouvelles de Rudy Rucker. Professeur de mathématiques, informaticien de haut niveau, vulgarisateur scientifique, c’est aussi un écrivain de science-fiction à l’écriture et aux idées toujours surprenantes. Il est l’un des quatre piliers de la SF Cyberpunk (avec Sterling, Gibson et Shiner). Il a aussi collaboré avec certains des organes essentiels de la cyberculture. Etrangement, malgré la qualité de son œuvre et l’importance de cet auteur dans le paysage américain de la SF, il n’a presque pas été traduit en français.

Quand les constantes universelles deviennent des variables...

Dans Le Maître de l’espace et du temps, les ennuis de Fletcher commencent quand il voit apparaître une miniature de son ami Harry assis sur son volant. Celui-ci va lui dévoiler une partie de leur avenir et Fletcher va évidemment tout faire pour que ce qui lui est décrit arrive vraiment. Sous leur impulsion, le monde va s’enfoncer dans un océan d’absurdités, de délires et d’équations mathématiques. Lorsque Harry distord à coups de gluons la constante de Planck, passé, présent et univers parallèles s’entrechoquent, s'interpénètrent dans un joyeux désordre. Fletcher s’entend parler dans son autoradio, se bat contre un lézard géant et des cerveaux vampires, traverse les portes des univers et ramène à la maison la solution ultime contre la faim dans le monde.

Mais le monde n’aime pas que l’on malmène les constantes et il se débat contre les changements apportés par les deux amis. Lorsque la réalité vacille, Fletcher doit replonger dans les gluons pour ramener les choses à l’ordre, s’il en est capable. Finalement, la sagesse des femmes apportera une solution qui n’est pas plus absurde qu’une autre, ni que le reste de cette histoire.

Dans la lignée de retour vers le Futur, cette histoire délirante nous fait danser en permanence à la limite de l’absurde et de la logique mathématique. C’est une pure merveille de narration et d’inventivité qui montre bien la maîtrise que son auteur a de l’écriture.

Sexe, drogue et vomissements

Dans Le Secret de la Vie, le héros adolescent se découvre au fil de ses saouleries et de leurs suites peu glorieuses dues à un estomac délicat des pouvoirs surnaturels qui lui permettent de survivre à tous les accidents. En titubant, il va avancer dans la vie, cherchant qui il est et pourquoi il est vivant. Une fois adulte, de coucheries en orgies de drogues (et leurs suites toujours aussi prévisibles) il va voir augmenter ses capacités, jusqu’à enfin découvrir pourquoi il est sur cette terre et quel est le secret de la vie...

L’idée de ce roman est certes bonne. Mais le plaisir que semble trouver l’auteur à plonger la tête de son héros dans la cuvette des toilettes est lourd et écoeurant. Vous en viendrez à souhaiter arriver au plus vite à la conclusion pour ne plus ressentir ce malaise qui couve dans votre propre estomac au fil des pages...

Fractales, Mathématiques, Hallucinogènes et univers branlants

Les nouvelles de A l’Assaut du Cosmos sont un kaléidoscope qui reflètent en mille éclats les qualités et les défauts déjà vus dans les deux romans. Passant du meilleur au pire d’un texte à l’autre, l’auteur se complait à nous faire partager des plongées sous acide, du surf sur une mer fractale ou des délires hallucinogènes provoqués par des boissons étranges et peu ragoûtantes.

Une écriture hors des sentiers balisés

Mêlant délires et fractures entre les univers, nous laissant nous perdre entre les psychoses et la réalité sordide, Rudy Rucker nous offre une étonnante plongée dans une science-fiction qui est le reflet d’une époque, d’un courant particulier d’écrivain. Ses références au surf, à la musique planante et à Andy Warhol ne sont pas des coïncidences, mais une volonté délibérée de nous déstabiliser et de nous plonger dans l’état d’esprit d’une décennie où tout était possible mais restait encore à inventer : Des échos du cyberpunk sont parfois là (puces électroniques surpuissantes, savants déjantés, etc…) mais les textes se rattachent surtout à la contre-culture des 60’s. . . S’il n’y avait ce malaise incessant qui met le coeur au bord des lèvres en permanence, cette certitude que tout finira dans le sordide, ce livre serait un vrai chef d’œuvre.

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