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Manipulations

Eric Corbeyran (Scénariste), Richard Guérineau (Dessinateur), Christian Favrelle (Coloriste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 31/08/2006  -  bd
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Manipulations

Dans ce dixième album du Chant des Stryges, quatrième album de la saison 2, Eric Corbeyran, le célèbre scénariste multirécidiviste, poursuit avec Richard Guérineau, le dessinateur de la série, la chasse aux stryges, ces démons ailés qui vivent cachés depuis des siècles, mais qui ne cessent de s’intéresser au destin des hommes. En trois séries, Le Chant des stryges, Le Maître de jeu et Le Clan des chimères, l’univers des stryges nous renvoie à différentes époques de leur existence sur Terre. Avec la saison 2 du Chant des Stryges, nous n’en sommes plus à la découverte de l’existence des stryges, mais plutôt à la confrontation entre l’homme et les créatures, dont on ne sait encore si elles sont démoniaques ou salvatrices. C’est Debrah, la Lara Croft new-yorkaise, qui mène la chasse. Jill, une ninja homosexuelle, et Nivek, amoureux d’une victime des stryges, jouent les héros satellites. Comme attirés par la source de leur propre malheur, tous les trois recherchent un moyen de relâcher l’étreinte des stryges sur eux-mêmes, sur leurs proches et sur l’humanité.

Un petit résumé des épisodes précédents pour ceux qui auraient du mal à saisir l’album sans le resituer dans son contexte :

L’album Rencontres ouvrait la saison 2 du cycle avec une série d’assassinats contre le réseau de Crandl, l’employeur de Debrah qui cherche à éliminer Sandor G. Weltman. Jill, victime des stryges et ex-membre du réseau Crandl, cherchait à rencontrer Debrah pour trouver un remède contre « le baiser des stryges » qui l’a rendue malade. Même chose pour Nivek qui cherche à soigner Melly, en l’éloignant des griffes de son père.

Dans Défis, Sandor G. Weltman s’empare du grimoire de Vernoncius, qui avait été retrouvé par une bande de role gamers dans Le Maître de Jeu. Tandis que le trio commence son enquête sur Sandor G. Weltman, deux personnages du Clan des chimères, Abeau et Cylinia, qui ont survécu après tant de siècles, les mettent au défi de récupérer le grimoire volé. Au terme d’une lutte personnelle et sexuelle sans merci avec Reese, le lieutenant de Sandor G. Weltman, Debrah reprend le grimoire.

Dans Révélations,  Debrah en apprenait plus sur l’ennemi public n°1 (S.G.W.). Né en 1192, il a traversé les siècles en se mettant au service des stryges. Il parvient enfin à mettre la main sur le grimoire. Nivek et Jill en apprenaient plus également sur l’origine de la maladie inoculée par les stryges, des êtres aux combinaisons ADN plus riches que les humains.

De nouvelles révélations

Abeau et Cylinia révèlent tout : en 1269, un chef de clan stryge psychopathe et cornu, plus connu sous le nom de diable, entre en conflit avec les autres clans. Il est réduit au silence. Mais, pour se venger, il prend possession de l’âme du moine Vernoncius et lui fait rédiger le grimoire fatal, celui qui détient la clé de la destruction des stryges. Les stryges s’affolent. En échange de pouvoirs surnaturels, dont celui d’une grande longévité, ils demandent au fils et à la fille de Payen de Roquebrune de les protéger d’un chimiste allemand à qui ils ont trop fait confiance et qui pourrait s’emparer du grimoire de Vernoncius à des fins funestes : Sandor G. Weltman.

Depuis plusieurs siècles, le frère et la sœur tentent d’empêcher ce puissant sorcier de mettre la main sur le grimoire. Mais cette fois-ci, il y est parvenu. Le trio, Debrah, Jill et Nivek, va tenter de s’interposer. En attendant, il a besoin des pouvoirs d’Abeau et de Cylinia pour guérir Jill et Melly. Mais la guérison va être semée d’embûches.

Manipulations en tous genres

Pour mener l’humanité là où ils le souhaitaient, les stryges ont manipulé un chimiste allemand, puis un frère et une sœur. Sandor G. Weltman, Abeau et Cylinia, Crandl manipulent le trio de combattants vindicatifs. Debrah manipule Jill. Jill manipule son ex-compagne. Le père de Melly manipule sa fille et Nivek. Bref, aucun des personnages ne peut faire un pas sans se demander si c’est bien lui qui a décidé de marcher.

L’ambivalence des personnages proches des stryges, les références historiques et les récits parallèles du trio enrichissent et complexifient le scénario. Par des retours arrière et quelques scènes qui parlent d’elles-mêmes, Eric Corbeyran a fait en sorte que l’album soit lisible en lui-même, indépendamment des autres, mais il est recommandé de (re)lire la série du début (au moins de la saison 2) pour apprécier l’enchevêtrement des intrigues. L’équilibre est bien dosé entre la réflexion des personnages, leur découverte et l’action musclée. Le zeste de violence ne s’éloigne pas du quota des séries américaines. Cet album est chaste.

On note une certaine amélioration sur la couleur, signée Favrelle, par rapport à l’album précédent. L’album n’est pas facile à colorer car les cases déploient plutôt un luxe de traits et d’ombres qui rendraient très bien en noir et blanc. À certains moment, les traits des personnages disparaissent pour ne laisser que deux tâches noires pour seule représentation des yeux en plein milieu d’un visage vide. C’est, semble-t-il, plus un problème de dessin qu’une difficulté à rendre le relief du visage par la couleur. Sur le plan des couleurs, on apprécie particulièrement le mélange audacieux de rouge et de vert sur la scène du laboratoire de Toronto.

Dans cet album, Sandor G. Weltman entre en scène. On ne voit pas son visage, on apprend qu’il est aveugle, mais il est présent. Pour les petits malins, il ne s’agissait donc pas de Reese, mais il peut encore s’agir de Crandl ou d’une chimère.

Quand un maître du scénario continue d’être servi par un excellent dessinateur, on ne cherche pas à résister au chant des stryges.

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