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Memory Park
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Memory Park

L’odyssée de Fabrice Colin dans la littérature jeunesse commença en 2001, soit 4 ans après la sortie de son premier roman « pour adultes », Les Cantiques de mercure avec  Les Enfants de la lune.

Depuis, il gratifie la collection qui l’a vu débuter dans ce domaine, à savoir Autres Mondes, d’un titre par un an (avec une éclipse en 2005). Memory Park est donc son sixième roman chez Mango.

Ecrivain prolifique, il a également publié des ouvrages jeunesse  aux éditions J’ai lu, Intervista, Hachette et à la rentrée 2007, Albin Michel dans la collection Wiz paraît Mary Wickford.

« Le mal apparaît enfin pour ce qu’il est : une chose fade et mécanique »

Pavel a survécu à l'épuration ethnique qui a frappé  la Poldavie.  Le gouvernement veut le "soulager" des souvenirs traumatisants de cette sombre période de l'histoire du pays. Heureusement parmi ses vieilles connaissances, Katarina notamment ou de récentes rencontres détiennent des clés de ce passé voire des preuves tangibles pour contrer le négationnisme. La vérité historique prend une tournure de vie ou de mort.

« Nous pouvons faire le mal mais nous sommes incapables de le regarder en face. »

Les thématiques abordées ici sont pour le moins délicates et difficiles à affronter. L’extermination d’un peuple, d’une communauté ou d’une ethnie est appréhendée à travers les yeux d’un adolescent qui au moment des faits n’était  presque qu’un enfant, « un petit garçon apeuré ».

La séquence flash-back de l’année 2019 insérée entre deux épisodes des événements précipités de 2022 ajoute presque à chaque ligne un détail horrible sur les crimes commis et les conditions des victimes potentielles qui se terraient pour échapper aux rafles et fusillades.

« La multiplication des langages disait mon père, aboutit à la perte des repères »

Cette incrustation du temps du génocide mesurée en mois tranche avec la chronologie hâtive des déplacements et actions de Pavel en 2022.

Pavel semble parfois perdre pied dans les rebondissements de situation et le désarroi qui l’envahit (« la perte de la capacité très pure et très précieuse à espérer ») dans ces moments n’épargne pas le lecteur. Cependant un ultime renversement narratif secoue héros et lecteur. On ne le laisse pas se détruire car il a beaucoup à reconstruire, pour lui, pour ceux qui sont morts et pour ceux qui ne sont pas encore nés.

« Ne laisse jamais les autres décider pour toi »

Grâce au rythme du récit, les phases d’auto-apitoiement sont très courtes. Certains passages sont plutôt éprouvants mais jamais le récit ne verse dans la sensiblerie ou la gratuité. L’émotion est là, palpable, saisissante mais jamais envahissante.

Une fois encore, Fabrice Colin a su relever un pari ambitieux, aborder des sujets périlleux sans faux sentimentalisme, sans aucune trace de manichéisme. Un roman dont on se souvient longtemps.

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