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Titan

Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/05/2005  -  livre
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Titan

Auriez-vous cru être un jour tenu en haleine par la valve d'injection B37 ? Mais si, vous savez, celle qui permet la combustion de l'oxygène liquide dans les reservoirs auxiliaires de la navette. Et je parierais que jamais encore vous n'auriez imaginé qu'il faudrait plusieurs couches de charbon actif et d'enzymes foutrement gloutonnes pour efficacement recycler votre pipi ? Sans doute serait-ce là le fait des cogitations d'un étrange romancier, l'hybride parfait entre Hubert Reeves et Honoré de Balzac. En un mot Stephen Baxter.

Car le monsieur est un scientifque, et ça, vous ne pourrez pas manquer de vous en apercevoir tout au long de ce pavé marathon qu'il ouvre sans complexe sur une envolée lyrico-astrophysicienne lourdingue. L'une de celles auxquelles seuls les auteurs de hard-science ou un prof de math sous acide peuvent encore se livrer. Nous sommes en 2004 et, c'est dans une vibrante bouffée d'amoniaque, que le monsieur nous décrit l'arrivée de la sonde Hyugens sur Titan, l'une des plus grosses lune de Saturne. Elle y découvre les traces d'une proto-vie, et c'est le point de départ cette fresque titanesque (inratable – désolé !).

700 pages donc d'une aventure folle, celle de la conquête de ce petit paradis orange où une température au sol, de moins deux cent degré celsius, autorise la formation de lacs de méthane liquide, la chute de neige organique, des averses d'éthane et où il vaut mieux éviter de marcher dans les flaques d'hydrocarbures, et pas seulement parce que ça salit les habits.

La première colonie humaine s'installera donc là, sur cet astre définitivement impropre à la vie, mais que voulez-vous, il faut bien commencer quelque part.

Enfin elle s'y installera, dès qu'elle y arrivera, car nous sommes, rappelez-vous, en 2004 et les seuls moyens d'exploration dont nous disposons sont ceux qui sont effectivement les nôtres actuellement. A savoir une demi douzaine de navettes spatiales un peu rouillées, quelques restes de fusées Saturn et les vestiges d'un programme spatial américain, jadis ambitieux.

Un périple de onze ans, pour une mission sans retour prévu, alors que sur Terre, l'Amérique se livre tout entière à un président ultra-conservateur, démagogue et parano, dont la justesse fait froid dans le dos au lendemain de l'élection de George W. Bush.

La plus grosse part du défi revient toutefois à l'auteur, qui va devoir nous captiver, nous autres blasés de l'hyperespace, avec cette conquête au ralenti. Une économie de moyens techniques que Baxter va rendre, à l'inverse, avec un luxe de détails étouffant.

Et malgré tout, il dégage de ce Titan un réel souffle épique. C'est rêve totalement fou, disséqué et rendu accessible aux plus peine-à-jouir de l'imagination. On se prend à penser aux Fontaines du Paradis de Clarke, bien que l'on y retrouve pas toute la dimension poétique. Baxter, on s'en rend compte est aussi un lecteur de SF acharné, qui truffe son œuvre de références à ses auteurs fétiches, et qui, par un étrange phénomène miroir, ancre les espoirs de ses très scientifiques et didactiques héros, dans les visions des maîtres de la science fiction. Ses propres visions étant quant à elles très influencées. On songe forcément à Brunner dans sa description d'une Amérique décadente, tenue par le complexe militaro-industriel. On croise aussi, dès qu'il oublie un instant sa rigueur scientifique, de très belles pages sur la vieillesse et le temps qui passe. Autant de réflexions personnelles et attachantes, inattendues chez un auteur de hard-science. Ses personnages ne sont plus de simples fonctions scénaristiques, mais des êtres humains que l'on suit finalement avec passion dans cette aventure probable. Et c'est certainement ce qui fait de Titan un vrai roman d'aventure, et qu'au final on oublie les moments passés à suer sur sa physique nucléaire pour n'en garder que la dimension épique.

On est tout de même intigué par la fascination américaine de l'auteur, dérouté par son admiration de la technologie spatiale chinoise mais surtout profondément stupéfait de ne pas voir tout au long du livre, la moindre allusion au programme spatial européen, à l'heure actuelle le seul, pourtant, à être rentable. Le genre de détail qui ne peut pas avoir échappé à la rigueur maniaque de Baxter. Un "oubli" regrettable qui, à lui seul, rend caduque les deux cent dernières pages du roman. Dommage.

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