- le  

Transition

Iain Banks ( Auteur), Patrick Imbert (Traducteur)
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : 
Date de parution : 01/06/2012  -  livre
voir l'oeuvre
Commenter

Transition

Iain Banks est né en 1954 en Ecosse. Depuis la sortie de son premier livre, Le Seigneur des guêpes, en 1984, il a écrit un peu moins d'une trentaine de romans. Sous le nom de Iain M. Banks, il est l'auteur de l'un des plus fabuleux cycle de science-fiction moderne, La Culture, qui parle d'une civilisation plusieurs fois millénaires ayant triomphé de la mort et de la maladie et où l'égalité n'est plus une utopie. Il a également signé d'autres romans de science-fiction en dehors de la Culture comme ENtreFER ou La Plage de verre. Sans le M à son nom, Banks écrit des romans "grand public". Transition, malgré son côté "anticipation" assez marqué, fait partie de ces derniers.
 
Une infinité d'univers, un seul Concern
 
Quelque part entre 2001 et 2008, entre le 11 septembre et la crise des subprimes. Une poignée d'hommes et de femmes, les Eveillés, connaissent la vérité : notre monde, leur monde, n'est pas le seul. Il existe une multitudes de Terre, une multitude d'univers parallèles, surveillée par une seule entité globale, le Concern. La majorité de ses agents a le pouvoir de passer de monde en monde, grâce à une drogue, le Septus. Les transitionnaires sont leur force de frappe : entre empêcher un médecin d'entrer dans un bâtiment sur le point de s'effondrer ou assassiner une figure du grand banditisme mondial, ils font en sorte de rendre chacune de ces Terres un endroit meilleur pour ses habitants, pourtant ignorant de leur existence. Mais leur but est-il aussi noble qu'il y paraît ?
 
Adrian, jeune homme avide de pouvoir et d'argent, s'introduit dans le monde de la finance londonienne en dealant de la coke pour les hautes sphères avant de devenir à son tour trader... et d'être approché par le Concern.
 
Temudjin Oh vient d'un monde où l'influence mongole s'est étendue jusqu'en Europe et y a perduré. Il travaille pour le Concern et est l'un des transitionnaires les plus dangereux, à qui l'on confie les missions les plus désespérées.
 
Le Philosophe est l'un des tortionnaires les plus redoutés. Etranger à la compassion, il n'a pas son pareil pour soutirer des informations aux ennemis du Concern. Son surnom lui vient de son penchant à discuter des méthodes de torture avec ses collègues. Sa préférée ? Raconter par le menu à ses victimes ce qui les attend...
 
Mme Mulverhill a fait partie du Concern avant de s'en éloigner après avoir découvert ses vrais objectifs. Déclarée rebelle et pourchassée, elle arpente les mondes afin de recruter des agents pour combattre l'organisation. 
 
Le Patient 8262 est interné dans un hôpital, loin de tout. Il feint la démence pour oublier son passé mais également se faire oublier. Mais l'ombre du Concern continue de planer sur lui et refuse d'échapper à sa mémoire.
 
Mme d'Ortolan fait partie du Conseil Central du Concern. Plusieurs fois centenaire, elle change de corps régulièrement lorsque les premiers signes de vieillesse se font sentir. C'est elle qui tire les ficelles dans l'ombre, elle qui dirige le Concern. Elle qui dicte le chemin que doivent prendre les différentes Terres. Quel qu'en soit le prix.
 
 
Destins croisés pour un seul futur
 
Pour son premier roman de science-fiction, le label Orbit frappe fort avec l'un des meilleurs écrivains de science-fiction actuel. Avec une histoire d'envergure, et malgré sa taille relativement courte, Transition tient-il toutes ses promesses ?
 
Dès le prologue, le ton est donné. On suit plusieurs personnages à des degrés d'implication et de connaissance du Concern différents. Certains en font partie depuis des années, d'autres y gravitent dans les plus hautes sphères... une poignée n'en n'a jamais entendu parlé ou s'en est éloigné. Petit à petit, ils nous permettent de comprendre ce qu'est cette organisation, quels sont ses buts, ceux affichés et plus tard ceux cachés, et l'influence qu'elle possède. Patient 8262, Oh, d'Ortolan, Adrian... A travers eux se dévoilent une multitude de mondes, dont beaucoup ressemblent au nôtre - quand l'humanité n'a pas disparu -, à quelques petites différences près, souvent d'ordre politique.
 
Narration chorale, les liens entre les différents protagonistes se dévoilent au fil du récit. Cette diversité de point de vue n'empêche néanmoins pas un récit parfois confus, dont la trame n'apparaît que tardivement. On se laisse porter par cette aura de mystère qui n'est pas sans rappeler celle entourant le Concern. Les informations sont dévoilées au compte-goutte, les rapprochements se font par des détails. Il faut être attentif au moindre sous-entendu pour ne pas laisser échapper quelque indice indispensable à la compréhension globale. Lecture exigeante et attentive, Transition dévoile au fil de ses pages un canevas complexe dont certaines clés finiront quand même par nous échapper.
 
D'un roman d'anticipation on dérive rapidement vers un thriller haletant. Le récit se déroule sans temps mort, la narration éclatée - aussi bien dans le temps que dans l'espace - permet de suivre l'histoire à plusieurs niveaux et d'anticiper certaines actions. Malgré des réflexions intéressantes sur le pouvoir, l'argent, le libre arbitre, elles finissent par passer au second plan tant le rythme de l'enquête se déroule à une vitesse fulgurante, ne laissant au final que peu de place pour les idées développées qui peinent à marquer durablement. Idem pour les personnages qui manque parfois d'épaisseur : en les prenant à un instant précis de leur vie, on ne les voit que très peu évoluer et on échoue, à certains moments, à vraiment s'intéresser à leurs quêtes. Leur importance est également très inégale et l'on peut regretter la sous-exploitation de certains qui auraient pu avoir une place et donc un développement plus marquants.  On pense par exemple à Adrian, l'un des protagonistes les plus éloignés du Concern, qui n'interviendra qu'à un moment très fugace : sa présence tout au long du récit n'était-elle qu'une prétexte pour le faire apparaître lors du dénouement ? C'est dommage car les réflexions l'entourant sont parmi les plus marquantes.
 
Au final, Transition reste une lecture frustrante. Tout comme le Concern reste avare en informations, Iain Banks ne donne au lecteur que le strict minimum et le laisse se débrouiller avec. Malgré une idée de départ ambitieuse, le développement de l'intrigue et sa conclusion laissent comme un goût d'inachevé, de trop peu. L'intrigue semble parfois brouillonne et l'on peut regretter que les personnages ne soient pas plus empathiques. De nombreuses portes sont ouvertes, de nouvelles pistes à explorer sont introduites et l'on referme le livre à regret, déplorant que le récit ne se poursuive pas. Certaines des révélations apparaissant vers la fin auraient en effet mérité d'être poussées plus loin tant les implications sont vertigineuses. 
 
Ce bémol empêche ce nouvel opus de Banks d'être une réussite totale. Transition reste néanmoins un bon roman de science-fiction, qui se laisse lire avec plaisir et une certaine dose de fascination. Si les idées sont présentes, et en nombre, la forme aurait néanmoins mérité d'être peaufinée.

Genres / Mots-clés

Partager cet article

Qu'en pensez-vous ?