En octobre 2025, Fleuve éditions a lancé une nouvelle collection entre horreur et fantastique appelée Styx. Les deux premiers titres publiés dans cette collection dirigée par Laurent Queyssi sont La mer se rêve en ciel de John Hornor Jacobs, et Vers ma fin de Sophie White, dont la traduction est de Anne-Sylvie Homassel. Vers ma fin est le sixième roman de Sophie White mais le premier traduit en français. Il a obtenu le prix Shirley Jackson Award en 2022.
Un huis clos insulaire et inquiétant
L’histoire se déroule sur une petite île au large de l‘Irlande, un coin perdu loin de tout et battu par les vents. Les gens de l’extérieur veulent attirer du monde sur ce bout de caillou et essaient de monter une exposition pour cela. Aoileann, une jeune insulaire, vit recluse avec sa grand-mère Mо́raí sur l’île. Elle est rejetée par tous sans vraiment savoir pourquoi. Mais les deux femmes ne sont pas seules, avec elles vit celle que Aoileann surnomme la chose, qui n’est autre que sa mère alitée, quasiment inconsciente et vivant dans une souffrance perpétuelle. C’est un fardeau au quotidien pour les deux femmes. Mais les choses vont changer avec l’arrivée sur l’île d’une femme peintre, Rachel, avec son bébé de quelques mois. Celle-ci est là pour quelques semaines, pour produire des tableaux pour l’exposition. Aoileann et Rachel vont entrer en contact, et commencer à nouer une amitié qui fait comprendre à Aoileann l’horreur de son existence. Elle est alors prête à tout pour changer de vie.
La souffrance et la folie
L’autrice plante de façon impressionnante son décor et l’ambiance. L’île offre un décor à la fois inquiétant, étrange, et propice à amener le doute. Les secrets sont nombreux au sein de la famille de Aoileann, les rumeurs et superstitions sont aussi courantes. L’île fascine autant qu’elle inquiète. Il en est de même pour Aoileann pour qui on éprouve à la fois de la tristesse et de la peur. Cette sensation est renforcée par le fait qu’elle est la narratrice de cette histoire racontée à la première personne. La souffrance est également au cœur du récit, celle de la mère de Aoileann qui souffre du fait de son état physique, celle d’Aoileann elle-même qui a été privée d’amour, d’enfance, d’ami. La première partie du roman ancre le décor et est un peu répétitive, cela sert à montrer l’horreur de la situation. Puis avec l’introduction du personnage de Rachel, le récit prend une autre tournure. Le déroulé est un peu lent, mais l’autrice parvient à construire des personnages contrastés et véritablement inquiétants. Le décor renforce cette impression, accentuant la souffrance et lui donnant un aspect inéluctable.
Vers ma fin est ainsi un roman à l’ambiance très soignée. Il ne plaira pas à tous étant donné la dureté de son sujet. Certains passages sont difficiles à lire et le récit ne nous laisse pas indifférent, il est dérangeant et bouleversant. Mais dans le genre c’est une réussite à la fois pour la plume de Sophie White et pour l’atmosphère si particulière de cette histoire.