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Voyageurs

Cédric Perdereau (Traducteur), Neal Asher ( Auteur), Marc Simonetti (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 12/06/2008  -  livre
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Voyageurs

Neal Asher se présente ainsi sur son blog :

"J'ai été ingénieur, barman, conducteur de bennes à ordures, mineur, j'ai monté des hublots de bateaux, été tondeur de pelouses assermenté et travaillé dans le BTP. Aujourd'hui, j'écris des romans de science fiction, et je me fais doucement à l'idée qu'on ne me démasquera pas, et que je pourrais un jour me dire auteur sans faire la grimace ou détourner les yeux. Pour en avoir testé pas mal, ce boulot est mon préféré. Je n'ai pas à pointer ou à me changer quand je rentre chez moi et je ne suis pas non plus obligé de me passer les couilles à la javel, le soir. Du coup, je crois que je vais encore traîner dans le coin un moment."

Le ton est donc donné.

Working in a cowl mine

Au milieu d'un XXIème siècle pas folichon, le monde a implosé sous la pression sociale et économique, et seule la fière Albion, dans un cousinage qui n'est pas sans évoquer celle du V pour Vendetta d'Alan Moore, a su tirer parti de son insularité pour sauver les meubles. C'est dans ces décombres de société que survit Polly, quinze ans, qui maintient sa vie à flot en vendant son corps et en se droguant avec une urgence suicidaire. Naguère encore, elle partageait son quotidien avec Marjae, mais son amie a succombé à un virus intimement contracté, la laissant seule, sans plus rien à attendre.

Jusqu'au jour où Nandru, le frère de son ancienne colocataire, refait son apparition. Commando de l'armée, il décide d'utiliser Polly comme messagère dans une transaction à haut risque qu'il doit conduire avec les services secrets de l'U-gov, cette organisation globalisée qui contient le chaos ambiant dans la gangue d'un fascisme qui tait son nom. Nandru implante sur Polly une IA de combat par le biais de laquelle il la pilotera au cours du deal. De sa dernière mission, le soldat a rapporté un étrange tor d'écaille, tombé du dos d'un monstre surgit du néant, qui a décimé son unité. Nandru escompte en tirer un suffisamment bon prix, pour disparaître corps et bien, loin de l'U-gov et de ses sbires. Quant à Polly, il se contrefout de ce qui peut bien lui arriver.

Mais évidemment, le moment venu, les tueurs de l'U-gov, sorte de super-soldiers génétiquement programmés, mettent facilement à mal la mécanique du piège de Nandru. Polly profite de la confusion pour s'emparer du tor, et ne peut résister à la tentation de le passer à son poignet. Il s'y incruste dans une explosion de douleur qu'accentue encore l'attaque désespérée de Tack, l'une des machines à tuer de l'U-gov. Lorsqu'elle reprend ses esprits, c'est pour constater qu'elle a remonté le temps de quelques années. Toujours à ses trousses, Tack, qu'un éclat du tor à infecté, et Nandru, dont la personnalité s'est intégralement téléchargée dans l'IA de combat.

Le temps que Polly réalise ce qui se passe, et déjà, le tor l'entraîne dans un nouveau bon vers le passé.

Sans faux cowl

On avait déjà constaté chez Neal Asher une propension marquée à la démesure. Cela avait été le cas dans Les Écorcheurs, et la tendance s'accentue ici. Démesure dans les moyens, puisqu'il étire son intrigue jusqu'aux limites du temps, et dans l'action. Asher avoine sévère, génocide d'un cœur léger, étête et démembre avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir. Entre deux giclées d'hémoglobine, il insère dans son intrigue une chasse au monstre trans-dimensionnel, pilotée depuis le pré-cambrien par un anti-humain gritchesque qui planifie de redessiner les lignes temporelles.

Jouant à l'excès sur l'ambiguïté et une distillation au goutte-à-goutte des informations, il perd volontairement son lecteur dans un univers qui navigue entre le complexe et le brouillon. De sorte que nous nous accrochons à ses deux personnages de candides qui, par chance, sont suffisamment attachants et bien campés pour nous permettre de ne pas dévisser dans les moments où Neal Asher tire un peu à la ligne. L'homme, on l'a vu, est d'un naturel entier, et on sent bien qu'il se fait plaisir en écrivant. Pas du genre à dire non quand on lui propose une deuxième tournée. Il en résulte d'assez nombreuses scories, qui ralentissent le dénouement, parfois jusqu'à l'exaspération. Piètre styliste, mais rythmeur diabolique, il joue constamment sur la limite de notre bienveillance, pour, finalement, emporter le lot, à la démesure (on y revient).

Asher, donc, voit grand, mais par le petit bout de la lorgnette. Voyageurs évoque irrésistiblement ces séries B kittées à mort qu'Hollywood a perdu l'habitude de nous livrer depuis une bonne dizaine d'années. De purs divertissements, sympatoches et trépidants, avec le compte tout rond d'action et de pittoresque. Pas nécessairement impérissable, mais le genre de détente qu'on pourrait s'offrir, binouse à la main, doigts de pieds en éventail et tapette à mouche à portée de main. Le genre de livre qu'on pourrait s'offrir pour l'été. Alors avouez tout de même que les calendriers de publications sont bien pensés. Non ?

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