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Le Musée d'Airain

Eric Liberge (Scénariste, Dessinateur, Coloriste)
Aux éditions : 
Date de parution : 31/10/03  -  BD
ISBN : 2845656920
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Laurent   - le 31/10/2017

Le Musée d'Airain

Eric Liberge est loin d'être un nouveau venu de la bande dessinée, mais son style graphique et son onirisme multifocal produisent des oeuvres dont on hérite toujours en se disant qu'elles ne ressemblent à rien d'autre. Après avoir été emballé par les aventures de Monsieur Mardi-Gras Descendres (prix René Goscinny 1999), publiées successivement chez Zone Créative et chez Pointe Noire, j'attendais au tournant ce drôle d'oiseau dont l'orbite personnelle semblait tenir de l'insondable météor, perdu dans un ballet de planètes ronflantes et dociles. Catapulté chez Soleil, Liberge va d'abord inaugurer la collection Latitudes avec Tonnerre Rampant, une nouvelle invitation au décorticage des rêves d'un esprit en perpétuelle fusion. Il nous revient aujourd'hui avec Le Musée d'Airain, premier volume d'une série qui démontre beaucoup et promet énormément.

Les légataires de la mémoire des métaux

Il existe dans le monde un groupe d'Initiés au langage secret des métaux. Ceux-là, savent, rien qu'en touchant un objet métallique, entrer avec lui en résonance, et ainsi se voir transporter dans une dimension parallèle, celle du monde d'Urizen.
Mais les terriens semblent peu enclins à partager la mémoire des métaux, et ceux qui acceptent ce don forment aujourd'hui une organisation connue sous le nom de l'Antichambre, dans ce monde de 1931 étreint à la fois par les affres de son histoire et les tentations de sa modernité.

Afin de ne pas rompre le fragile équilibre qui règne dans le plan de la terre, l'Antichambre se doit de rester secrète aux non-initiés. Seulement voilà : une certaine Ingrid, illustratrice pour un grand quotidien, est amenée à approcher d'un peu trop près l'Antichambre et les liens qu'elle tisse avec les autres mondes. La part du hasard dans cette histoire est sans doute bien plus ténue qu'il n'y paraît, d'autant que de l'autre côté des illusions, Urizen espère le sacre d'une nouvelle reine.

Sensation !

Il y avait bien longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire une BD. Merci à Eric Liberge de montrer que les territoires bornés de ce petit monde recèlent encore des parcelles de relief et de magie. Tout ici confine à l'admirable: un style inimitable, un esprit roué au fantastique, au mystère et à l'étrange, une profondeur et une épaisseur qui nécessitent une double, que dis-je, une triple lecture. Bref: j'ai adoré.

La technique graphique de Liberge continue à travers ses ouvrages successifs de susciter l'exclamation. Cette fois, l'effet passe par le mélange du strict graphisme avec des encrages métalliques, comme autant de taches d'huile à la surface d'un papier d'argent. Ces couches sont comme superposées à des impressions aux coloris électriques, plus régulières, géométriques, mimant parfois les délires d'Escher, cette alchimie confinant parfois à l'impression d'eaux-fortes d'outre-monde. Un délice pour les yeux en somme. A ne manquer sous aucun prétexte.

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