Alain Damasio, la Zone du dehors et son prochain roman

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Nébal a écrit:
Salutations, citoyen.

Pour commencer, une anecdote : j'ai parmi mes fréquentations - on ne les choisit pas toutes - un certain nombre d'anarcho-squatteurs-truc. Invariablement ou presque - non, j'exagère, mais c'est au moins arrivé deux ou trois fois -, quand les susdits apprennent mon intérêt pour la science-fiction, ils me disent : "Ah ouais, ouais, on a un bouquin, là, comment il s'appelle déjà...". Moi, à tout hasard : "La Zone du dehors ?" Eux : "Ouais ! C'est ça !" Qu'est-ce que ça t'évoque ? Et que penses-tu de ce livre avec le recul ?

Et l'Appel d'air ? Du vent - aha - ou un peu plus que ça ?

Pour rester sur la - ou le - politique, où en es-tu aujourd'hui ? Ces questionnements sont-ils amenés à avoir toujours une grande importance dans ton oeuvre à venir, ou bien... ?


Ce que je pense de la zone du dehors, avec le recul ? Que c'est un livre de jeunesse, écrit entre 22 et 26 ans, avec une vraie maturité précoce en réflexion politique mais une vraie naïveté aussi dans la perception des conditions de la lutte. Ce qui est le plus difficile, c'est le "united we stand", très concrètement. Beaucoup de particules individuelles, et même dividuelles (des fractions de soi, des affects communs à beaucoup) mais très peu de mise en résonance de ces particules d'une façon efficace. Sarkozy ne devrait pas être là, ni son gouvernement, ni l'UMP : leur présence, leur hégémonie est un pur hold-up et ce hold-up, il vient de l'éclatement de la mobilisation individuelle, à gauche. Il vient de notre incapacité à constituer une masse, une force parce que le désir est multiforme et girasol alors que la peur, sur laquelle est fondée le vote de droite est unificatrice, elle fonctionne à partir du cerveau reptilien et elle soude une masse moutonnière et conservatrice.

Pour mon troisième roman, je vais revenir très fort au politique, notamment autour de la philosophie de l'argent et du vecteur argent comme plateforme d'articulation des particules individuelles. On n'a pas encore assez compris à quel point l'argent avait tout changé, tout révolutionné dans les rapports sociaux et combien le "système d'échange généralisé" à partir duquel nos sociétés sont rendus fluides explique ce qui nous arrive. Donc oui, une tentative de lecture politique nouvelle, à partir des nouvelles technologies de traçabilité et de contrôle, des nouvelles formes de gestion douce et aliénante, de l'argent comme système de conversion et de la furtivité face à tout cela, comme force de métamorphose à opposer aux métamorphoses de l'argent et de l'économie libidinale du capital.
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