Forum : Un avis sur Jean Dorsenne

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Un roman pour partir à la rencontre à la fois de la civilisation polynésienne (j'ai pas dis s'évader en Polynésie, on est dans la découverte de l'Autre, pas au Club-Med Razz ) et des racines méconnues de la fantasy.

C'était le soir des Dieux de Jean Dorsenne est paru en 1925 aux éditions Ferenczi, connue pour ses romans-feuilletons et autre romans d'aventures à quatre sous, tel le ravissant (sans ironie, je suis fan) Les aventuriers du ciel de RM de Nizerolles. Du point de vue du décalage entre les ambitions de l'auteur et la ligne éditoriale de la maison (ceci dit sans aucun mépris élitiste, voir deux lignes plus haut), on pourrait comparer cette publication à la réédition de Khanaor de Berthelot par Fleuve Noir en 1985 Razz .
C'est que le roman de Dorsenne détonne non seulement parmi d'autres productions à l'exotisme parfois bon marché de l'auteur, mais parmi toute la littérature exotique d'une époque ou l'ethnologie est balbutiante et ou la pensée colonialiste domine.
Le roman s'inscrit dans la stratégie des Immémoriaux de Segalen : donner la parole au peuple polynésien, sans vision ethnocentriste européenne, à travers leurs mythes.

Mais si Segalen se contentait de décrire de ce point de vue une réalité historique (la rencontre de nos civilisations à la fin du XVIIle siècle), Dorsenne nous projette dans les mythes, dans un monde difficile à situer autrement que celui d' "il était une fois", une Polynésie ou la magie règne.
A l'instar du roman de Segalen (que je n'ai pas encore lu, mais il est dans projets de lecture immédiat comme vous vous en doutez peut-être) Dorsenne montre la richesse du monde polynésien tout en brisant le mythe du "bon sauvage", à travers l'univers à la dureté païenne des Aréoï, ces baladins et libertins sacrés qui voyagent d'îles en îles et, ne pouvant avoir d'enfant, doivent les étouffer à la naissance.
La plongée dans la civlisation polynésienne est sans doute, avec de très poètiques passages merveilleux tel la nuit de l'initiation, le principal attrait du roman.

Obstacle majeur cependant pour apprécier sa lecture : le style, qui paraitra volontier (très) ampoulé. Non que le monsieur se regarde écrire de manière purement nombriliste. Mais il a choisi pour son épopée mythique de pasticher le style homérique et ses métaphores (eh oui !). Cela ne manque pas d'interêt, mais on aime ou on aime pas (je reconnais que j'ai eu un peu de mal par moment).

Pour ceux que cette curiosité intéresserait (quand même des racines de la fantasy, comme je le disais plus haut), le roman est disponible dans l'anthologie Polynésie, les archipels du rêve chez Omnibus. Pour une édition séparée, ce doit être un peu plus dur à trouver, mais en occasion il me semble avoir vu que c'était possible.

Voilà, c'était une nouvelle chronique d'incontournable.
Soslan
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