Sortie Bloody Marie en mai

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En mai sortira Bloody Marie, un livre de Jacques Martel publié dans la collection A dé couvert, de la maison d'édition Black Book, spécialisée dans le jeu de rôle. 

 

En dehors des licences de jeux de rôle, la collection À dé couvert aura pour vocation de donner plus de visibilité à une littérature francophone et étrangère de qualité. 
Nous publierons ainsi des oeuvres liées de près ou de loin à la sphère rôlistique, qui mettent en scène des univers entrant en résonance avec ceux des jeux de rôle. En effet il s’agira de mettre en valeur l’influence de ce média sur les genres de l’imaginaire, et de la distiller au sein de la collection. 

 

Le scénario de Bloody Marie entremêle action, infiltration, combats spatiaux et enquête tout au long d’une intrigue savamment construite, complexe, captivante, pour aboutir à un final inattendu et percutant. 
Dans cet avenir lontain, l’humanité s’est répandue dans la galaxie, et ses colonies finirent par être séparées par la distance. Il y a trois générations, les hommes et les femmes ont recommencé à voyager, donnant naissance à un nouvel espoir : l’Essor. 
Aujourd’hui, les grandes voies sont à nouveau sillonnées par les navires de commerce qui font la prospérité des armateurs, mais aussi celle de leurs prédateurs : les pirates. 
Avec succès, la Ligue et la Flotte ont joué de tout leur poids et de la puissance de leurs corsaires pour mettre fin à l’activité des Forbans du Vide, avant de promettre des amnisties. Désormais, d’anciens pirates traquent leurs confrères. Ces dernières années ont sonné le glas de la piraterie 

Extrait du prologue : 
Citation:
Un chuintement fatigué, le sas d’entrée de La Veuve Solaire s’ouvrit ; dans un soudain silence, tous les regards se tournèrent vers le nouvel arrivant. 
L’homme, d’un certain âge, vêtu d’une combinaison de travail, la tête couverte par l’inévitable casquette de sécurité à laquelle étaient cousus les noms des vaisseaux sur lesquels il avait servi, s’arrêta un instant. Sa démarche pesante trahit quelqu’un qui venait de passer une longue période en gravité réduite. Son sac à la main, il jeta paisiblement un coup d’oeil à la ronde, laissant aux habitués le temps de l’examiner, montrant qu’il n’avait rien à cacher et qu’il ne faisait pas partie de la catégorie des novices impressionnables. 
Lorsque la porte se referma dans son dos avec un nouveau chuintement, il adressa un signe de tête aux autres, puis se dirigea vers le bar ; les conversations reprirent rapidement leur cours habituel. 
« Bienvenue à la Veuve, matelot ! lui lança le tenancier en tapant un verre sur l’alliage patiné du comptoir. Qu’est-ce que je te sers ? 
— Ce que tu as de moins trafiqué… » 
Sur le visage sec du barman, une expression de sincère indignation apparut tandis que son torchon claquait avec un bruit humide. 
« Matelot ! Jamais à la Veuve un seul verre n’a… » 
Le regard amusé de l’arrivant coupa court à sa tirade. Il cligna de l’oeil, puis pointa le doigt vers son interlocuteur. 
« OK, OK… Mais la qualité a un prix… 
— J’ai ce qu’il faut. 
— Ici, on n’accepte que du local… 
Avec les temps qui courent… 
— J’ai fait le change en arrivant. » 
Le matelot posa sur la table une poignée de plaquettes passablement usagées, moyen d’échange instauré par le comte des Sphères dans les habitats ou colonies dépendant de son autorité, unique moyen de transaction accepté. Marchands comme simples visiteurs échangeaient à leur arrivée une partie de leurs avoirs en monnaie locale, l’utilisaient ou se faisaient payer, puis, lorsqu’ils partaient, changeaient à nouveau ce qu’il leur restait, ou qu’ils avaient gagné. Ainsi, les percepteurs du comte contrôlaient exactement les montants des transactions effectuées 
dans les limites de son autorité, veillant scrupuleusement à la bonne application des taxes et impôts diversement dus. 
La vue des cinq anneaux dorés sur fond noir, entrelacés au sein d’un sixième, provoqua un imperceptible changement de direction de la main du tenancier sous le comptoir ; une 
bouteille apparut, accompagnée d’un large sourire. 
« Du vrai, matelot ! De la N’Écosse ! Élevé en fût de chêne, conservé en bouteille de verre ! Pas une imitation de synthèse. Du véritable verre ! Soufflé dans les ateliers du producteur ! Il n’y a pas meilleur ! » 
Un nouvel éclair d’amusement dans le visage ridé du matelot arracha un sourire contrit au maître des lieux. 
« Bon… Sont peut-être pas en chêne, les fûts ! Mais je te garantis qu’ils sont bien en putain de bois ! Et que ça c’est du verre, pas de la saloperie de polymère poreux ! 
— D’accord, La Cuisse… Va pour un skye de Nouvelle Écosse. 
— Tu ne trouveras pas mieux dans tout ce foutu port ! Moins cher, peut-être… Mais mieux, non ! » 
Le matelot prit une première gorgée, hocha la tête, puis fit glisser l’une des plaquettes vers le tenancier avant de se tourner vers la salle. 
La Veuve Solaire ressemblait à tous les bars à matelots de Persée, tout comme les bars des rampants, les palaces des officiers, se ressemblaient quel que soit le soleil autour duquel ils orbitaient, l’astéroïde ou l’habitat qui les hébergeait. 
Couvrant le ténu sifflement continu de l’air recyclé, les conversations se mêlaient à la musique que personne n’écoutait vraiment ; les dés roulaient, les cartes s’abattaient, les plaquettes changeaient de mains sous la lueur insuffisante des éclairages vieillissants, 
tandis que la fumée de mauvais tabacs montait lentement vers les grilles d’extraction encrassées. 
Les visages marqués des hommes, et des quelques femmes présentes, prématurément vieillis par les nuits trop courtes et les quarts trop nombreux, étaient étrangement 
semblables quelles que soient leurs origines. Les rayonnements de l’espace profond, qui franchissent sans pitié les boucliers de moindre qualité des vaisseaux des compagnies peu scrupuleuses, avaient bruni les peaux tandis que les rides gommaient toute notion précise d’âge. Seuls un ou deux épidermes encore frais attiraient l’attention sur le statut de novice de leurs propriétaires ; si on les considérait comme leurs propriétés, et non pas celles des compagnies qui les employaient, bien entendu. Parmi eux, pas un seul BioÉvolué, ou BioAdapté comme préfèrent dire certains. Toutes ces modifications 
définitives, qui avaient permis à l’humain de survivre au fil des générations à des environnements difficiles, spécifiques, les rendaient moins adaptés aux autres, ou nécessitaient des traitements permanents de compensation. L’humain pangu, d’origine, reste le plus efficace en termes de survie polyvalente. Comme il se dit toujours au sein des flottes, « pangu ; à l’aise nulle part, mais vivant partout ; bon à rien, mais prêt à tout. »


Plus d'info : Site de Black Book.
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