Traduction - les débuts
de Aude Carlier et Sylvie Miller
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : Aude Carlier , Sylvie Miller , Luc Carissimo , Mélanie Fazi , Patrick Couton , Arnaud Mousnier-Lompré , Jean-Pierre Pugi , Jean-Daniel Brèque , Lionel Davoust
Date de parution : avril 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Retour sur les origines de leur goût pour ce métier...

Actusf : Commençons par évoquer votre parcours. Quand avez-vous su que vous aviez envie de faire ce métier ? Avez-vous toujours été attiré par les langues ?
Aude Carlier : J’ai toujours aimé l’anglais, peut-être parce que quand j’étais petite mon père me demandait « Did you sleep well ? »
« Is it good ? », des trucs comme ça, c’était un jeu... Et c’est lié à la musique aussi. Ado, j’ai commencé à traduire en français les paroles des groupes que j’écoutais... et j’ai vu que souvent ça ne voulait rien dire ! Au lycée, arrivée à la fin de la seconde, « on » me conseillait une première S. Je ne voulais pas m’engager dans une voie sans avoir de vrai projet alors j’ai réfléchi aux matières que j’aimais (anglais, philo, français) et à ce que je ne voulais pas faire (prof, bosser dans un bureau avec des contraintes horaires). J’ai donc gardé l’anglais, et comme j’avais toujours adoré bouquiner, la traduction s’est plus ou moins imposée. Faut dire, mon grand-père était traducteur, ça m’a sûrement mis la puce à l’oreille... et du coup j’ai fait un cursus littéraire...

Sylvie Miller : J’ai en effet toujours été attirée par les langues. J’ai longtemps eu le projet de devenir professeur d’anglais (avant d’obliquer vers des études me permettant d’enseigner l’économie, le droit et la gestion). Lorsque j’étais lycéenne, j’ai donné des cours d’anglais à des élèves de collège. Dès l’adolescence, j’ai commencé à lire des ouvrages de SF en anglais. J’ai enfin commencé à faire de la traduction littéraire en 1999 (donc assez tardivement).

Luc Carissimo : Pas avant d’avoir traduit plusieurs romans, mais je ne saurais pas dire au bout de combien (c’est vieux, tout ça !). Quant à avoir été attiré par les langues, pas vraiment, mes deux principaux centres d’intérêt étant le jazz et la SF, j’en suis venu naturellement à lire des ouvrages en VO anglaise, le paysage éditorial français étant plutôt restreint à l’époque en la/les matière/s... je suppose que j’aurais appris le tadjik ou le moldo-valaque si la majorité des jazzmen et des auteurs de SF s’étaient exprimés dans ces langues...

Mélanie Fazi : Par la langue anglaise en particulier, que j’ai tout de suite adoré apprendre dès les cours de 6ème. J’apprenais aussi l’allemand, mais j’accrochais moins. Je crois que l’anglais avait à mes yeux un caractère ludique, lié à des références culturelles : pour moi, c’était avant tout la langue que j’entendais dans des chansons et des films, et je trouvais ça génial de devenir capable de les décrypter. La traduction, j’y suis venue par un concours de circonstances. Après une maîtrise LEA, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire, mais les débouchés dont on nous parlait à la fac ne m’intéressaient pas trop. Comme j’étais passionnée de cinéma, j’étais attirée par le sous-titrage et j’ai appris qu’il existait un DESS spécialisé à Lille. En même temps, j’ai entendu parler d’un DESS de traduction littéraire à Paris. J’ai envoyé des dossiers de candidature pour les deux, et c’est en traduction littéraire que j’ai été retenue.

Patrick Couton : J’étais plutôt bon en langues au lycée. Après le bac je me suis dit que j’allais tenter de devenir traducteur-interprète.

Arnaud Mousnier-Lompré : J’ai toujours aimé la traduction (j’ai traduit mon premier livre à 17 ans,
« Galactic Pot-Healer » de Philip K. Dick  : malheureusement, il était déjà traduit chez J’ai Lu) ; je n’ai pas fait d’école, j’ai suivi des études d’anglais tout à fait classiques à la fac. J’ai donc appris le métier sur le tas.

Jean-Pierre Pugi : Il s’agit d’un pur concours de circonstances. Lyonnais d’adoption, j’ai fait la connaissance de Michel Demuth au Midi-Minuit, cinéclub de SF et de fantastique. Michel avait déjà écrit dans Fiction des nouvelles qui m’avaient profondément marqué (le premier titre qui me revient à l’esprit étant L’Empereur, le Servile et l’Enfer) et nous sommes presque immédiatement devenus amis. Lorsque Michel est entré aux éditions OPTA, il m’a confié quelques illustrations à réaliser pour la revue Hitchcock Magazine, et c’est ainsi que j’ai rencontré Alain Dorémieux et Jacques Sadoul. Michel savait que j’avais en fin d’adolescence traduit des BD pour les éditions LUG puis pour AREDIT, et quand j’ai envisagé de me reconvertir (j’étais alors musicien) il m’a proposé de faire un essai sur quelques nouvelles destinées à la revue Galaxie dont il était entretemps devenu le rédacteur en chef. Une chose en entraînant une autre, je suis devenu traducteur à plein temps.

Jean-Daniel Brèque : Je suis devenu traducteur par hasard et par passion. Adolescent, j’étais passionné par les comics américains (Strange, Marvel…) et, frustré d’en lire aussi peu en français, je me suis mis à en commander aux USA, puis à m’abonner à certains titres. Au bout de deux ans d’immersion, j’avais fait des progrès gigantesques. Je me suis alors rendu compte que je pouvais aussi lire des livres de SF et de fantastique non traduits, et c’est ce que j’ai fait. Au début des années 80, j’ai été amené à traduire bénévolement pour des productions amateur, surtout Crépuscule, de Richard D. Nolane, et c’est ce dernier qui m’a proposé mes premières traductions payées – il venait de lancer « Aventures fantastiques » chez Garancière –, à peu près en même temps où Joëlle Wintrebert commençait à me faire traduire pour Univers. Par la suite, j’ai traduit en dehors des heures de travail – j’étais alors contrôleur du Cadastre à Dunkerque, un poste que j’avais demandé pour aller le plus souvent possible en Angleterre, toujours l’immersion –, jusqu’à sauter le pas et demander une mise en disponibilité, ce que j’ai fait en 1986. Six ans plus tard, je démissionnai définitivement de la fonction publique.

Lionel Davoust : Oui ; j’ai commencé l’anglais à six ans sur l’impulsion parentale, ce qui m’a ouvert l’esprit et m’a même permis d’acquérir d’autres syntaxes et vocabulaires étrangers avec une relative facilité. J’ai toujours pratiqué l’anglais par la suite ; j’ai découvert le plaisir de goûter une œuvre dans sa langue originale et, de plus, la littérature et le cinéma qui m’intéressaient n’étaient pas toujours traduits. La traduction m’est venue plus tard, mais assez logiquement. Après mon diplôme d’ingénieur agronome, j’ai viré complètement vers la littérature, principalement parce que j’avais par-dessus tout envie d’écrire. Quand je me suis vraiment frotté au milieu littéraire professionnel, cette activité s’est donc imposée tout naturellement puisqu’elle mêle une part de création, les langues et la grande tradition littéraire.

Actusf :
Avez-vous fait une formation ? Et si oui laquelle ?
Sylvie Miller : J’ai poursuivi des études me permettant d’utiliser les langues dans un contexte professionnel (DEUG langues étrangères appliquées, diplôme de la chambre de commerce britannique et diplôme de la chambre de commerce espagnole). J’ai travaillé dans le domaine de la traduction technique en parallèle avec une carrière d’assistante trilingue en entreprise, avant de reprendre des études pour arriver au métier d’enseignante que j’exerce toujours à l’heure actuelle.

Aude Carlier : Oui, cursus LLCE anglais option métier du livre puis traduction littéraire à partir de la licence, jusqu’au master de traduction littéraire professionnel de Paris VII.

Luc Carissimo : Aucune...

Mélanie Fazi : Comme je le disais plus haut, d’abord quatre ans de LEA, jusqu’à la maîtrise, puis cette année de DESS à Paris. Mais j’ai remarqué, en entrant dans ce métier, que très peu de traducteurs ont suivi une formation spécialisée. La plupart sont autodidactes, et les éditeurs prêtent plus d’attention à l’expérience qu’aux diplômes.

Patrick Couton : Je me suis donc inscrit après le bac dans une école de langues qui se trouvait à Tours et qui formait des traducteurs-interprètes pour les entreprises exportant à l’étranger. J’y ai passé trois ans sans rien obtenir. Plutôt qu’aller en cours, je préférais faire la fête avec les copains. J’en ai tout de même profité pour apprendre à jouer de la guitare, grâce à quoi je suis devenu plus tard musicien professionnel, ce que je suis toujours (traducteur est mon second métier).

Nathalie Mège : Classe prépa, licence d’anglais, licence de sciences du langage. Il n’existait pas de cursus de traduction littéraire à l’époque.

Jean-Daniel Brèque : En fait, je suis scientifique de formation et je me destinais initialement au professorat de maths. Donc, pas d’études littéraires. Je me demande d’ailleurs s’il existait une formation de traducteur à l’époque où j’ai débuté.

Lionel Davoust : Aucune, à part une lecture boulimique en VO, une indigestion de séries télé et de jeux vidéo non sous-titrés dès l’adolescence ! Par la suite, j’ai passé le Cambridge Certificate of Proficiency in English, histoire d’avoir une vague validation de mon niveau d’anglais. Mais si la passion est la meilleure école pour apprendre une langue, cela n’apprend quand même pas la traduction : en plus de la pratique parallèle de deux idiomes, il s’agit de les confronter, de chercher les résonances, les faire échanger – et cela, c’est venu au contact des directeurs littéraires qui me l’ont fait sentir en ayant la gentillesse de me guider dans mes premières armes.

Jérôme Vincent