Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Février 2011
de Gail Carriger et Glen Cook
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Gail Carriger , Glen Cook , Yoss , Simon Sanahujas , Xavier Mauméjean , André-François Ruaud , Kami Garcia , Margaret Stohl , Jean-Luc Rivera , Charlaine Harris , Stéphane Tamaillon
Date de parution : février 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...

Nuits au fer rouge, Garrett, détective privé -6, de Glen Cook

Nous connaissons tous le grand écrivain qu’est Glen Cook pour sa superbe série "La Compagnie noire". Mais j’aime aussi énormément sa série de "fantasy policière" humoristique : les enquêtes de "Garrett, détective privé" dans la bonne ville de Tonnefaire, au Karenta, sont toujours excellentes. Et le 6ème volume de ses mésaventures, "Nuits au fer rouge", que vient de publier L’Atalante, est aussi bon que les précédents. Garrett est un privé humain, coureur de jupons avec une préférence marquée pour les rousses et grand buveur de bière, dont l’associé est un Ronfrun, une créature morte depuis plus de 400 ans mais dont l’esprit analytique fait merveille pour débrouiller les fils emmêlés des indices et des faits découverts par Garrett. Les enquêtes se déroulent dans une ville peuplée de créatures humaines, non humaines et de toutes les variantes possibles de croisements intermédiaires, où chacun essaye de survivre comme il le peut pendant que la guerre du Cantard, qui draîne les ressources du pays, continue de s’éterniser. Outre les deux enquêteurs, nous y retrouvons des personnages récurrents hauts en couleurs comme l’elfe végétarien et assassin Dotes Morlet ou Dean, le vieil homme à tout faire de Garrett, cuisinier hors pair affligé d’une ribambelle de nièces toutes plus laides les unes que les autres plus de nouveaux personnages, protagonistes de ce roman, comme d’Amato l’Aboyeur, plus sale qu’un homme-rat, Block le vénal capitaine du Guet et les deux belles que sont Bélinda, la fille de Chodo le roi de la pègre, et Candy, danseuse de bastringue qui cache bien son jeu. Avec un tueur qui éventre de belles jeunes femmes, des sorciers divers et des secrets à découvrir, cela nous donne un beau roman où l’on tourne les pages sans s’ennuyer une seconde, entre intrigue prenante et humour permanent, tout en étant parsemé de réflexions sur la religion, les mécanismes de l’économie en tant de guerre et la gestion de la paix.

16 Lunes
et 17 Lunes de Kami Garcia et Margaret Stohl

Aux marges de la bit-lit et de la littérature fantastique, je viens de lire les deux premiers volumes d’une série de Kami Garcia et Margaret Stohl : "16 Lunes" suivi de "17 Lunes" ( Hachette, collection Black Moon). Les romans se déroulent dans le Sud profond des Etats-Unis, dans la petite ville de Gatlin, en Caroline du Sud, patelin engoncé dans ses traditions et sa culture sudiste, où rien ne se passe de plus excitant que le concours de tartes et de pâtisseries ou la reconstitution de la seule bataille qui ait eu lieu pendant la Guerre entre les Etats. Le héros, Ethan, adolescent tranquille qui ne rêve que d’échapper un jour à l’atmosphère pesante de Gatlin, rencontre une nouvelle élève, Lena, membre d’une famille qui, bien que fondatrice de la ville, est mal considérée. Il en tombe, bien sûr, amoureux et à partir de là son univers bascule. Car les apparences sont trompeuses : la ville et ses habitants cachent de nombreux secrets qu’il va découvrir petit à petit. Il n’est qu’un Mortel or la ville abrite des Enchanteurs, la famille de Lena, créatures douées de pouvoirs aussi immenses que variés, appartenant soit aux Ténèbres soit à la Lumière. Et Ethan ira de surprise en surprise, découvrira sa propre nature mais aussi celle de sa vieille gouvernante, de Macon Ravenwood, l’oncle de Lena, ou du facteur..., sans compter l’histoire véritable derrière les nombreux secrets de famille et les squelettes dans les placards remontant à la Guerre de Sécession.

Sur un rythme digne du vieux Sud, lent mais prenant, les auteurs développent tranquillement et avec beaucoup de talent une atmosphère à la fois oppressante et réaliste - je connais bien les Carolines et la Georgie, c’est très bien rendu - où les coups de théâtre se succèdent. La pointe d’humour nécessaire est toujours présente, la critique de la mentalité sudiste et de ses traditions toujours tempérée par une affection sous-jacente manifeste. Les auteurs font preuve d’une belle imagination, les décors toujours très bien décrits et les personnages tous plus attachants et originaux les uns que les autres. Quelles sont les raisons qui animent les protagonistes, que cachent-ils ? Insidieusement, je me suis pris au jeu et ai dévoré les deux livres à la suite l’un de l’autre. "18 Lunes" est annoncé pour bientôt, tant mieux !


Nereliath
de Simon Sanahujas
Les pirates sont à la mode en ce moment, que ce soit en SF ou en fantasy, avec des traitements divers. Simon Sanahujas inaugure la nouvelle collection "Reflets d’Ailleurs" des Editions Asgard (www.editions-asgard.com) avec un roman de pirates dans un monde de fantasy : "Nereliath", tome 1 de Karn, est un livre plein d’abordages sanglants et de combats épiques, de magiciens tout puissants et de monstres marins, de pirates truculents ou féroces, de méchants cupides et avides. Bref, tout ce que nous aimons ! Le héros, Karn, est un garçon sympathique malgré sa réputation de porte-poisse et sa vocation de pirate ; le personnage féminin principal, Ayali, est une prostituée adorable, au grand coeur et à la g..... encore plus grande. Les méchants, prêtre magicien avide de pouvoir, marchand richissime avide d’encore plus de richesses, capitaine pirate avide de sang et de butin etc.. sont excellents dans leurs rôles, prêts à tout, chacun avec ses raisons propres, afin d’atteindre la cité fabuleuse et perdue de Nereliath, la cité des Dieux.

Simon Sanahujas laisse quand même poindre ses amours science-fictives car l’on sent bien qu’il y a autre chose que de "simples" dieux derrière tout cela. Roman écrit avec verve, humour et action, qui se lit avec grand plaisir, suivi d’une longue nouvelle qui nous explique un point particulier de la vie antérieur de Karn - à quoi lui servit la fortune en bijoux volée à Jadam d’Acoeur, le plus riche des marchands de Luxia -, ce livre nous fait attendre avec impatience sa suite. 

Les pilleurs de cercueils,
Les Enquêtes d’Hector Krine tome 1, de Stéphane Tamaillon

Avec un peu de retard, je viens de découvrir "Les pilleurs de cercueils", première des "Enquêtes d’Hector Krine", de Stéphane Tamaillon (paru chez Gründ en septembre dernier). Dans un Londres victorien comme il se doit, un peu steampunk - car silloné par des autocabs et des locotubes - et très fantastique - toutes les créatures surnaturelles de la vieille Europe se sont réfugiées, suite aux interdits et aux pogroms continentaux, dans l’accueillante Grande-Bretagne où leur afflux suscitent de nombreuses tensions -, le détective, lui-même détenteur de certains dons, Hector Krine enquête sur des crimes étranges. Qui vole les cadavres dans le cimetière d’Abney Park ? Qui a assassiné son ex-compagne Hécate, une nécromancienne fort douée ? Quels sont les motifs animant les loups-garous tueurs ou l’homme gigantesque qui protège Matthew, le fils d’Hécate ? Qui est le personnage mystérieux qui semble tirer toutes les ficelles dans l’ombre ?

Vous trouverez les réponses dans ce roman sympathique, plein d’humour - le portrait du Sphinx réfugié, tenancier de gargote, vaut à lui seul la lecture du livre - mais aussi de clins d’oeil - Krine habite au 221 A Baker Street par exemple - et d’érudition dans tous les domaines que nous aimons : littérature fantastique, films d’épouvante avec de nombreux hommages à la Hammer, histoire criminelle et faits divers londoniens, occultisme, fortéanisme etc... Un roman très réussi, écrit à la manière des feuilletons populaires ou des serials, chaque chapitre se terminant sur un "cliff hanger" qui oblige le lecteur à entamer le suivant. Merci, M. Tamaillon, pour m’avoir empêché de me coucher avant d’avoir terminé votre livre, lu d’une traite ! Vous l’avez compris, j’ai adoré et attends avec impatience le nouveau volume d’enquêtes d’Hector Krine, annoncé pour septembre prochain.

Planète à louer
de Yoss

J’avais eu le plaisir de découvrir le talent de Yoss, écrivain de SF cubain, avec "Interférences" (Rivière Blanche, 2009), talent qui se confirme avec la sortie de "Planète à louer" (Mnémos).

Nous y retrouvons tout l’art de la satire impitoyable de son pays, de sa société et de son régime politique par un auteur qui adore manifestement son pays et souffre de ses maux. A travers un excellent roman composé de différents instantanés de personnages divers mais dont les vies sont plus ou moins liées, il compose un portrait saisissant d’une société et d’une planète en pleine décomposition sociale suite à la venue des extraterrestres pour nous "sauver" des désastres que nous avons créé. Sous couvert de protéger la Terre et ses trésors naturels et artistiques, les xénoïdes de toutes sortes ont mis la planète en coupe réglée, avec l’aide de la toute puissante et impitoyable Sécurité Planétaire qui obéit aux ordres de l’Agence Touristique Planétaire, le gouvernement mondial d’une planète transformée en gigantesque Disneyland pour les touristes galactiques,les seuls à avoir et à fournir les devises nécessaires à la survie économique de la planète.

Il serait cependant injuste de se dire : "Yoss a simplement transposé la vie cubaine en l’habillant d’oripeaux science-fictifs." C’est bien plus qu’un simple portrait doux-amer et quelque peu désespéré et désespérant, c’est un vrai roman de SF, très créatif : la description des races galactiques et de leurs représentants - on n’oubliera pas de sitôt le Colossien Brutos à la personnalité si complexe et attachante -, les descriptions des autres planètes, la trame même de l’intrigue au travers des 7 chapitres présentant chacun un aspect des techniques de survie adoptées par les Terriens en fonction de leurs capacités et de leurs désirs démontrent une inventivité remarquable. Bien servi par l’élégante traduction de Sylvie Miller et par une couverture superbe d’Alain Brion qui rend bien l’atmosphère du roman, voilà un livre qu’il est difficile de reposer une fois commencé !

Sans âme, Le Protectorat de l’ombrelle tome 1 de Gail Carriger

En tant qu’amateur de bit-lit, cette littérature populaire d’aujourd’hui, je trouve la production générale de bonne qualité, remplissant son contrat envers le lecteur, à savoir le divertir, mais le plus souvent assez formatée. Et, de temps en temps, il y a un chef d’oeuvre d’originalité, d’intelligence et d’humour qui paraît : c’est le cas de "Sans âme", premier volume de la trilogie du "Protectorat de l’ombrelle" de Gail Carriger (Orbit). L’héroïne, Mademoiselle Alexia Tarabotti, est une jeune "vieille fille" de la haute société londonienne qui, outre qu’elle est à demi-italienne par son père, présente un défaut impardonnable aux yeux de tout victorien qui se respecte : elle est intelligente et passionnée par les sciences. Accessoirement, elle est née sans âme ! Or nous sommes dans une Angleterre où, à la Renaissance, les créatures surnaturelles - vampires, loups-garous, fantômes - ont fait leur "coming out" en profitant de cette époque de Lumières et se sont bien intégrées dans le tissu social anglais, au point d’avoir leurs conseillers auprès de la reine et un Bureau assurant leur police. Et c’est là où l’auteur a une idée très originale et sulfureuse : vampires et loups-garous le deviennent car ils ont un excès d’âme !

Renversement complet des idées habituelles : Mlle Tarabotti, étant une paranaturelle car n’ayant point d’âme, a le don redoutable pour ces créatures de leur faire perdre leurs pouvoirs lorsqu’elle les touche. A partir de là, Gail Carriger se livre à un exercice savoureux de détournement et de pastiche des codes de conduite victoriens dans une Angleterre steampunk - on commence à utiliser les dirigeables pour se déplacer - où Mlle Tarabotti se retrouve impliquée dans une sombre histoire de vampires inconnus et non éduqués - how shocking ! - apparaissant de nulle part, ce qui l’entraîne parallèlement dans des démêlés amoureux drôlatiques avec Lord Maccan, chef du bureau des créatures surnaturelles, non seulement loup-garou mais, pire encore, écossais...

L’intrigue est menée avec verve, l’écriture est toujours pleine d’humour - les remarques de Mlle Tarabotti et de Lord Akadelma, vieux vampire efféminé, hilarant et remarquablement brillant, valent leur pesant d’or -, l’histoire palpitante avec ce qu’il faut de savants fous et de créatures nocturnes pour faire que l’on ne peut reposer le livre. La traduction de Sylvie Denis est très bonne, elle a bien su rendre l’humour britannique pince-sans-rire de l’auteur. En résumé, un livre excellent ! A quand sa suite ?

Les Mystères de Harper Connelly 1 : Murmures d’outre-tombe
de Charlaine Harris

 
Il est rare que je m’enthousiasme pour un livre ressortissant plutôt du domaine du fantastique mais je viens de terminer le premier volume d’une série de Charlaine Harris (l’auteur de l’excellente "Communauté du Sud", publiée aussi par le même éditeur) : "Les Mystères de Harper Connelly 1 : Murmures d’outre-tombe" (J’Ai Lu) et j’ai adoré ! 

En effet, l’héroïne, Harper Connelly, a été foudroyée à l’âge de 15 ans, a survécu et en a retiré, outre une faiblesse de la jambe droite et un lacis de marques en toile d’araignée sur celle-ci, le don de trouver les cadavres et de "voir" leurs derniers instants. Elle parcourt donc les USA, en compagnie de son demi-frère, pour retrouver, moyennant paiement, les disparus et fournir éventuellement des informations à la police sur les causes de leur mort. L’action se déroule dans une petite ville bien "red neck, Bible belt" de l’Arkansas, avec une atmosphère glauque à souhait, à mi-chemin entre "Twin Peaks" et "Délivrance", magnifiquement rendue par l’auteur.

Il s’agit en fait d’un véritable polar, où les assassinats se succèdent et nous nous prenons au jeu d’essayer de comprendre, en même temps que l’héroine, quels sont les secrets familiaux à cacher à ce prix. Harper est une jeune femme sympathique, à l’enfance malheureuse, et qui essaye de s’en sortir grâce à son don qui lui permet de gagner sa vie autrement que serveuse ou caissière. Elle réagit avec empathie aux défunts et le lecteur ne peut que sympathiser avec elle. L’action est bien menée, les personnages très crédibles par rapport aux critères sociaux américains que je connais bien, et il est difficile de reposer le livre. Un beau roman, sur une idée tout à fait originale et bien développée !

Sherlock Holmes, une vie
d’André-François Ruaud et Xavier Mauméjean, aux Moutons Electrique

Les Editions des Moutons électriques viennent de sortir, sous la plume émérite et érudite d’André-François Ruaud et Xavier Mauméjean, grands holmésiens devant l’Eternel, "Sherlock Holmes, une vie", 20ème volume de l’excellente collection Bibliothèque rouge. Rien à voir avec "Les nombreuses vies de Sherlock Holmes" paru précédemment, à part le sujet ! La biographie de Sherlock est développée, avec les dernières recherches en la matière, sur plus de 360 pages à la fois denses et pleines d’humour. Outre Sherlock, les auteurs nous présentent le Londres victorien et les nombreux détectives eux aussi installés à Londres - Solar Pons, Carnacki, Harry Dickson, Sexton Blake, Hercule Poirot entre autres - dont les chemins ont croisés ceux de Holmes. Cette bio est suivie d’une chronologie de Holmes et son temps, excellente, d’une bibliographie de Sherlock Holmes, un article de Pierre Pevel, deux nouvelles holmésiennes écrites par Michael Moorcock et Stephen Fry et le texte des trois dramatiques holmésiennes adaptées par Xavier Mauméjean pour France-Culture. Et, chose suffisamment rare pour être soulignée, un index très complet ! Une seule petite faiblesse, à mon avis, mais rien de grave : j’aurais aimé une bibliographie holmésienne un peu plus conséquente que celle donnée sur deux pages seulement. Cerise sur le gâteau, 8 magnifiques cahiers iconographiques sur les illustrateurs de Sherlock Holmes, ses éditions, ses rivaux, Londres, les personnages éminents de son époque etc... En tout, une somme de plus de 500 pages pour un prix plus que raisonnable, 28 € pour enfin tout savoir sur le plus grand des détectives !

Jean-Luc Rivera

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