Un séisme secoue les États-Unis et gagne petit à petit le reste du monde. La mort de George Floyd après son arrestation par un policier il y a une semaine a provoqué des manifestations et des émeutes dans de nombreuses grandes villes américaines. Des rassemblements ont également eu lieu dans de nombreux pays contre les violences policières, contre le racisme et pour dénoncer sa mort choquante qui n'est malheureusement pas un cas isolé.
Le journal Le Monde a recensé plusieurs personnalités qui ont pris publiquement la parole pour dénoncer le "racisme enraciné dans la société américaine". Parmi eux Michael Jordan, mais aussi Lewis Hamilton ou Serena Williams. Plusieurs ont également mis un genou à terre, symbole de cette lutte, comme le footballeur Marcus Thuram ou toute l'équipe de Liverpool.
Unity is strength #BlackLivesMatter pic.twitter.com/dIXis0VQ2D
— Dejan lovren (@Dejan06Lovren) June 1, 2020
De notre côté, nous sommes allés voir comment ça se passait dans le milieu de l'imaginaire outre atlantique. Et comme le temps est désormais aux réactions sur Twitter, on a privilégié ce réseau social. Pour l'heure, pas de mouvement groupé, mais des réactions des uns et des autres (quand ils réagissent) chacun dans son coin.
Notre premier coup d’œil a été pour le magazine américain Locus Mag dédié à l'imaginaire, et qui publie parfois des articles sur des sujets d'actualités comme #MeToo. Pour l'heure, on n'a rien relevé sur la situation américaine, sauf dans un article relatant l'incendie de Uncle Hugo’s Bookstore, la plus ancienne librairie indépendante de science-fiction et de fantasy aux États-Unis (fondée en 1974) à Minneapolis.
On est ensuite passé voir l'éditeur Tor, qui en plus de son activité, publie de nombreux articles d'actualité ou d'analyse sur l'imaginaire. Ils ont mis en ligne une tribune de l'auteur de Tochi Onyebuchi, à qui l'on doit le roman young adult Beasts Made of Night. Il y parle du "devoir de l'écrivain noir en période de troubles". Il pointe les inégalités révélées par l'épidémie de Covid et ne semble pas très optimiste sur l'évolution de la situation.
Sa tribune a été reprise par N.K. Jemisin sur son compte Twitter. Très engagée, (on se souvient de son discours lors de la remise du prix Hugo), elle relaie les vidéos des manifestations (et les mouvements spontanés pour empêcher les pillages), et a notamment réagit aux propos de Donald Trump, accusant les "antifa" de provoquer des émeutes.
There are people out there saying what I'm feeling far better than I can, and @TochiTrueStory is one of them, in this painful, true, essay. https://t.co/5irQui4pOA
— N. K. Jemisin (@nkjemisin) June 1, 2020
Même chose chez Nnedi Okorafor, qui a reporté des images des mouvements et commente ce qui se passe, et chez Nalo Hopkinson, qui a également rappelé le racisme "ordinaire" auquel elle a été confrontée.
I keep thinking of all the times white people’s unleashed dogs in parks have run past a passel of other white folks to menace me, fangs bared & growling, while the owner ignores my pleas to call their dog off. https://t.co/OePpSKGhPR
— Nalo Hopkinson she/her/hers (@Nalo_Hopkinson) May 27, 2020
De manière globale, sur les comptes sur lesquels nous sommes passés, il y a d'un côté les auteurs et autrices parlant directement de la situation, et de l'autre ceux qui ne postent rien directement d'eux mêmes mais relaient les rassemblements et les actions du camp des indignés.
Dans les premiers, J.K.Rowling de son côté appelle le monde, le pouvoir et les blancs à changer.
I've paused on commenting on children's drawings because, like everyone, I've been watching what's happening in America. Anything I say feels inadequate. All I know is that the world has to change. Power structures have to change. White people have to change. #BlackLivesMatter
— J.K. Rowling (@jk_rowling) June 1, 2020
Même chose chez John Scalzi, reprenant le Black Lives Matter dans ce post ci-dessous ou chez Joe Hill qui appelait à soutenir les manifestants ce week end.
One more thing for the record, because while I'm sure I've endorsed the sentiment, I'm not sure I've recently said the words directly, and I think it's important to say it: Black Lives Matter. Yesterday, today and every day.
— John Scalzi (@scalzi) June 1, 2020
Le père de Joe Hill, Stephen King lui-même, est plutôt dans le camp des discrets. Toujours prompt à critiquer Donald Trump, et notamment sa gestion de la pandémie, il a juste préféré la réaction de Joe Biden (démocrate) à celle du président américain lorsqu'ils ont chacun parlé au frère de George Floyd.
Tade Thompson a lui ironisé sur ceux qui ne veulent pas voir le racisme...
On the one hand, some of y'all need to fly back to Narnia or whatever fantasy land has been teaching you history.
— ⚠️I can't breathe 🔥 (@tadethompson) May 31, 2020
On the other hand, I think I now understand why racism is going to be a problem for a long time.
Ben H. Winters, l'auteur d'Underground Airlines, n'a pas fait de tweet personnel mais a partagé des vidéos des manifestations, tout comme William Gibson, notamment sur les violences policières, ou bien encore Neil Gaiman, retwetant l'action du shérif du comté de Genesee, Chris Swanson, déposant les armes pour se joindre aux manifestants...
Ellen Kushner a fait de même, tout en postant un message à destination des blancs.
“White people, please remember at the protests that you are there to protect Black people, support Black people, lift up Black people, take care of Black people. You are not there to promote your own agenda, take out your aggression, have an outlet for your anger. 1:2
— Ellen Kushner sheltering in Tucson (@EllenKushner) June 1, 2020
On laissera le mot de la fin à Nancy Kress, cette fois sur Facebook, exprimant une colère plus large encore et qu'on a vu sur plusieurs des comptes cités.
Ce n'est qu'un échantillon des auteurs et autrices de science fiction et de fantasy parmi ceux qui ne sont pas silencieux. Il y aura sans doute d'autres réactions au fur et à mesure de l'évolution de la situation. A noter pour finir ce rapide tour d'horizon qu'il existe des pétitions, en français, concernant la mort de George Floyd, comme celle-ci, qui dépasse les 600 000 signataires.
Un espoir dans le chaos ?