Auteur de nombreuses séries d'imaginaire, Louis le Galoup, La Geste d'Alban, Praërie, L'Auberge entre les mondes ou bien encore L'Agence Lovecraft, Jean-Luc Marcastel nous parle de ses projets, lui qui est aussi la cheville ouvrière du festival Entre les Mondes.
"Oui, j'ai des projets et des sorties cette année.
Commençons par les sorties.
J'en ai trois :
Tout d'abord, une nouvelle série chez Didier Jeunesse s'adressant aux jeunes lecteurs de 8 à 12 ans : "La Tribu".
Pour te la faire courte, il s'agit d'une série à mi-chemin de "Une famille formidable" et de "Scoubidou".
Une famille pleine de personnages loufoques et un peu atypiques (il y a, par exemple, un grand Papi Claude qui ressemble furieusement à Claude Seignolle) qui se réunit deux fois par an, à Noël et au 15 août, pour faire la fête dans un lieu différent. Et à chaque fois la famille se retrouve confrontée à un mystère ayant trait au folklore ou aux légendes locales.
Les héros en sont quatre cousins et un furet auquel va s'adjoindre, à partir du tome 2, la tête réduite parlante d'un ancien explorateur anglais, Lord Alistair Quatermain (l'infortuné et bien moins célèbre cousin d'Alan)... Ils sont également secondés par leurs oncles et tantes, tous un peu bizarres, ou surprenants : un grand scientifique président de faculté, un Tonton James Bond, une Grand mère décoratrice de théâtre, une tatie exobiologiste... j'en passe.
Chaque livre de la série se termine par un petit dossier en rapport avec la région concernée, son folklore et ses légendes.
Je m'y suis beaucoup amusé car c'est vraiment ma "tribu" que je mets en scène et dont il y a de "vrais morceaux" dans cette série.
Le premier sortira en avril et se déroule en Bretagne, il s'appelle "Les ombres d'Ys" quant au second, il sortira en octobre de cette année et lui se déroulera en hiver en pays de Gévaudan (je te laisse donc imaginer à quel mystère vont être confrontés mes héros)... je viens juste d'en finir les corrections, il part chez mon éditeur dès demain.
Ma troisième parution de l'année sera "Malnoue" qui devrait sortir en septembre aux éditions Gulf Stream.
Si on est encore sur un lectorat jeune (à peu près le même) le sujet est totalement différent.
Cette histoire s'inspire du Frère de mon Grand Père, André Perret, mort dans le maquis en attaquant la division Das Reich (celle qui a commis les actes de barbarie à Tulles et à Oradour sur Glane), le 8 juin 1944, après que son groupe de résistance, comme tous ceux de la région et d'ailleurs, ait reçu l'ordre de retarder la remontée des troupes allemandes qui convergeaient depuis le sud de la France vers la Normandie. André avait 19 ans.
Je suis entré en possession d'un carnet de poésie qu'il avait écris à 17 ans, et j'ai été touché par les mots de ce jeune homme dont je me suis senti soudain proche. J'ai rassemblé des documents le concernant, le discours du maire de son village et de son instituteur, quand sa dépouille a été rapatrié des années plus tard, en 1949 (il avait été enterré à Grolégeac, ou il était mort), la citation à l'ordre du mérite à titre postume du général de Gaulle qui lui était adressée, ainsi que des photos...
Je suis écrivain d'Imaginaire, et je voulais rendre hommage à André, à ma manière, dans une histoire qui ne trahirait pas la sienne, mais la magnifierait.
Malnoue raconte donc le dernier jour d'André dans notre monde, mais aussi, en parrallèle, une autre histoire, allégorique et imaginaire celle là, à laquelle je le mêle dans un monde de légendes qui est un reflet du notre (très inspiré de Seignolle là aussi) Malnoue... Un monde où le Grand Fuligine a empoisonné les esprits et transforme les rêves des hommes en cauchemars dont son pouvoir se nourrit...
Dans cette histoire, je mêle histoire et imaginaire. Je mets le masque du rêve pour mieux parler de la réalité.
C'est une histoire poignante à laquelle je tiens beaucoup et dans laquelle je me suis beaucoup investi. Un petit livre, mais qui, j'espère, ne laissera pas ses lecteurs indiférents. Un livre qui parlera aussi bien aux jeunes lecteurs qu'aux adultes. Un livre simple, mais non simpliste, à plusieurs niveaux de lecture, qui aborde des thèmes importants, graves pour certains, et en dit bien plus qu'il n'y paraît.

En ce qui concerne mes projets maintenant :
J'aimerais trouver un éditeur pour ré-éditer "La Geste d'Alban", une histoire dans l'univers de Louis le Galoup, parue en 2013, qui avait gagné le Prix Elbakin de Fantasy Jeunesse et qui n'a jamais eu de fin, au grand dam de nombreux lecteurs.
J'aimerais également retrouver un éditeur pour une intégrale du Simulacre qui avait remporté en 2015 le Grand Prix de l'Imaginaire et le Prix de l'Uchronie lors des rencontres de l'Imaginaire de Sèvres. Les mousquetaires et Alexandre Dumas sont revenus à la mode et je n'ai vu nulle part l'équivalent du Simulacre qui se situe à l'improbable croisée des chemins des Trois Mousquetaires et de La Guerre des Etoiles (je simplifie).
Enfin, je cherche un éditeur pour "Inquisitrice" mon roman steampuk/fantastique (qui doit attendre parmi les manuscrits que je t'ai envoyés).
J'attend une réponse de certains éditeurs pour "Gladiatrices" un roman historique s'inspirant d'une stèle retrouvée à Halicarnasse et conservée au British Muséum, représentant deux femmes en tenue de secutor (une armatura de Gladiateur) se faisant face. On connaît même leur nom : Achillia et Amazon. Cette stèle m'a frappé. J'ai voulu imaginer, raconter, comment ces deux femmes se sont retrouvées là, dans l'arène, face à face, une arme à la main.
C'est un roman engagé, où j'ai essayé de respecter la réalité historique et les dernières découvertes concernant la gladiature, loin des images d'Epinal qu'on a l'habitude de nous servir dans les films et beaucoup de livres. (Oubliez Gladiateur).
Je dois terminer "Kronides" un roman qui revisite d'une manière inedite, à notre epoque, la mythologie grecque avec un eclairage sf.
Enfin je suis en train de travailler sur un nouveau projet "Angèle, Bailli des ténèbres" un projet s'inspirant d'un personnage (en fait une charge) dans ma région Le Vice-Bailli d'Auvergne, un magistrat qui, à l'époque des mousquetaire, avait plein pouvoirs pour combattre le crimes dans ces terres ensauvagées, une sorte de "Judge Dredd" au temps de l'ancien régime, qui arrêtait, jugeait et condamnait les coupables et ne rendait compte qu'au roi... et bien sûr, dans mon histoire, ce redoutable personnages et ses gens d'armes (une troupes hétéroclytes d'hommes et de femmes venus de tous les horizons) vont se retrouver confrontés à des affaires qui sentent le souffre... Et cet homme, va, au début de l'histoire, recueillir, dans des circonstances terribles, une petite fille qu'il va adopter... Une petite fille qui va grandir et... Eh bien il faudra attendre pour savoir la suite...
J'ai proposé cette histoire à plusieurs éditeurs, j'attends leur réponse.
Enfin, pour répondre à ta dernière question :
Bien sûr que l'Imaginaire peut avoir un effet sur le réel. Il en a même tous les jours.
Bon, je passerai sur le principe de Planck et la théorie quantique qui veut que l'observateur influe sur ce qu'il observe et que donc, si on extrapole un peu, la matière étant une forme d'onde et la pensée aussi, la pensée humaine influerait sur le réel? Et si on pousse la chose encore plus loin, la réalité ne serait-elle pas une projection de notre esprit plutôt que l'inverse. (C'est un peu au cœur du sujet de mon prochain livre) Les Dieux, s'ils existent, ne seraient-ils pas notre création ?
Mais même sans aller si loin :
Combien d'œuvres de fiction ont-elles devancé la réalité ? Combien ont peut-être donné envie à de grands chercheurs ou savants (astrophysiciens, cybernéticiens....) d'étudier les étoiles, de créer des robots ?
Avant de découvrir de nouveaux mondes, il a bien fallu que les explorateurs les imaginent et désirent les atteindre pour se lancer sur l'océan au risque de ne jamais revenir.
Et puis finalement, si on regarde bien, on ne voit jamais le monde qu'à travers le prisme de notre imaginaire. La personne que nous aimons, nos enfants, nos familles, nos proches. Nous les habillons de nos rêves, en faisons d'eux les êtres les plus importants, les plus beaux du monde...
Combien de séparations sont le fait que la personne avec qui on partage sa vie n'etait pas celle qu'on imaginait ?
L'Imaginaire est partout... il peut embellir le monde, en gommer les défauts, nous le rendre plus supportable, pour le meilleur, et parfois le pire... C'est un pouvoir extraordinaire... et à double tranchant.
Pour mes salons à venir pour le moment j'ai Imagine à Brive fin Février, la Comédie du Livre à Montpellier en mai.
