Les éditions Fleuve ont lancé la collection Styx en octobre dernier. A la tête de cette collection dédiée à l’horreur et au fantastique, on trouve Laurent Queyssi, auteur et traducteur. Les premiers titres à être publiés sont Vers ma fin de Sophie White et La mer se rêve en ciel de John Hornor Jacobs. En février, Les Derniers jours de Maple Street de Sarah Langan viendra poursuivre la collection.
Ancrage dans le réel
L’histoire débute en Espagne à Malaga à la fin du XXe siècle. Isabel a trouvé refuge dans ce pays après avoir fui la dictature militaire qui s’est installée dans son pays natal, le Magera (un pays imaginaire proche de l’Argentine, mais rappelant les dictatures d’Amérique du Sud). Elle travaille comme professeure dans une université de la ville. Sa vie va être bouleversée par la rencontre avec Rafael Avendaño, surnommé l'Œil, un poète qui a fui tout comme elle le Magera. Beaucoup d’éléments ancrent l‘histoire dans un univers connu. Le monde ressemble au notre, une dictature militaire sanguinaire et toute puissante et capable de monstruosités et d’actes abjects pour arriver à ses fins, des hommes en noir rappelant des espions américains. Le témoignage sur ce qu’a vécu Rafael montre les horreurs dont sont capables les hommes pour le pouvoir. L’auteur installe peu à peu une ambiance pesante, angoissante.
Une horreur diffuse
L’horreur est bien présente dans le récit mais elle est en arrière-plan, elle imprègne l’histoire. Le roman est comparé aux textes de Lovecraft mais il ne faut pas s’attendre à y trouver des tentacules ou autres monstres lovecraftiens. L’horreur a une dimension plus humaine, plus suggestive. Elle est impalpable, et certaines scènes décrites sont difficiles à lire et particulièrement marquantes. John Hornor Jacobs a réussi à créer une ambiance lourde, angoissante en faisant ressortir la tension qui plane sur le récit. Il utilise un récit enchâssé où Isabel prend connaissance du passé de Rafael Avendaño, de ce qui l’a a amené à être surnommé l’œil, des tortures qu’il a subies et d’étranges photos liées à des rituels. Le roman est court, certainement un peu trop, la fin étant trop rapide et donc difficile à cerner.
La mer se rêve en ciel est ainsi un roman bien écrit, avec des personnages bien construits et qui installe une ambiance pesante. L’horreur est subtile, et la comparaison avec Lovecraft telle qu'elle est présentée n'est pas vraiment pertinente.