Homme de loi spécialisé dans le domaine de la propriété industrielle, Charles Harness fut aussi un des auteurs de science-fiction les plus estimés par ses pairs. Trois de ses romans et quelques nouvelles, ont été traduits en français, le plus fameux étant L’anneau de Ritornel, un classique du space opera philosopique. Pourvu d’une réputation des plus flatteuses, La Rose n’était paru qu’en magazine en 1953 et c’est Michael Moorcock, un des plus fervents admirateurs de l’auteur, qui édita le roman une dizaine d’années après sa première parution. Loin d’être faciles d’accès, ces textes n’en sont pas moins extraordinaires et l’effort demandé pour leur lecture est largement compensé par les merveilles spéculatives que l’on y trouvera.
Les mystères de la glande pinéale…
Anna Van Tuyl est psychiatre, mais aussi chorégraphe, et s’il tient ses promesses, le ballet qu’elle est en train de créer devrait révolutionner le monde de l’art en donnant aux artistes une place prépondérante dans la société, au détriment des scientifiques. C’est aussi l’avis d’un artiste génial et un peu fou, Ruy Jacques. Anna et Ruy ont tous deux la particularité d’avoir un corps difforme qui se métamorphose peu à peu, comme si leurs cerveaux exceptionnels avaient le pouvoir de générer une mutation augurant l’humanité du futur. L’épouse de Ruy, quant à elle, est scientifique et très jalouse. De plus, elle se consacre à la mise au point d’une arme terrifiante à l’aide de la sciomnie, une science qu’elle a théorisée et qui pourrait bien anéantir les espoirs de son artiste de mari… L’art et la science sont-ils vraiment irréconciliables ? La rose est un roman passionnant, à la fois original et complexe, qui séduira surtout les plus cérébraux des amateurs de SF.
« Si ce monde ne vous plait pas, allez donc en visiter quelques autres… »
Une très longue nouvelle suit ce court roman, et continue d’explorer le thème de la nature du réel. Imaginez un scientifique génial qui crée (dans son repaire secret, cela va sans dire) un dispositif permettant de modifier la réalité au point que celle-ci ne soit plus compréhensible qu’avec l’aide de lois physiques qui ne seraient ni classiques, ni quantiques, ni aucune des formes ou variantes imaginable par la science. Que deviendrait alors l’humanité, incapable de trouver le moindre point de référence afin de survivre dans un monde devenu totalement inconcevable ? C’est une nouvelle ébouriffante, chargée d’idées folles, peut-être encore plus radicale que La trilogie divine de Philip K. Dick et, comme avec La rose, elle nous invite à méditer sur des univers impossibles… De plus, les nombreuses allusions aux théories de la Terre plate amuseront certainement les lecteurs les plus raisonnables…