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Le Guide steampunk - Rouages et clés de compréhension par Etienne Barillier et Arthur Morgan
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Le Guide steampunk - Rouages et clés de compréhension par Etienne Barillier et Arthur Morgan

Actusf : Comment avez-vous rencontré le steampunk et qu'est-ce qui vous a plu dans ce genre ?

Arthur Morgan : Pour ma part, ce fut en 2001 dans un comic-shop aujourd’hui fermé de Sharing Cross Road à Londres. Le vendeur en pull rouge m’a tendu un comics de Chris Bachalo intitulé “Steampunk”. Le Steampunk pour moi, c’est le Sense of Wonder dans l’ère victorienne, c’est le recyclage de l’Histoire, de la Culture, des objets avec des goggles et de chapeaux haut de forme, c’est retrouver l’esprit des Voyages Extraordinaires de Verne mais avec des rangers et une crête punk. C’est également se réaliser dans le “Fait soi-même” et mélanger les vieilles techniques avec la haute technologie de notre époque. C’est tout ça qui m’a plu et qui continue de me fasciner.

Étienne Barillier : J’ai grandi en regardant Les Mystères de l’ouest et Les Brigades du Tigre. J’ai toujours aimé les fictions anciennes, le vieux papier et les reliures usées. Mon premier livre était un essai biographique consacré au Maître du Crime, Fantômas ! La découverte du steampunk a été pour moi celle d’une évidence, celle de découvrir le mot qui me permettait de nommer ce que j’aimais… Je suis un enfant de l’anthologie steampunk de Daniel Riche, des premiers romans de Mnémos, de l’agitation autour du jeu de rôle et des critiques de livres dans Casus Belli... Le gamin de province qui découvre que d’autres personnes écrivent et publient des textes qui sont exactement ce que j’aime.

Actusf : Le Guide Steampunk va être republié aux éditions Actusf revu et augmenté. Comment ce guide est-il né ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce guide ?

"L’idée de ce guide était de faire un état des lieux du Steampunk tout en proposant d’une certaine façon de séparer le bon grain de l'ivraie et de faire intervenir des personnes qui créent et/ou font vivre le Steampunk."

Arthur Morgan : Etienne avait déjà publié Steampunk, l’esthétique retrofuture et était en tournée de promotion pour son Petit Guide Philip K. Dick. De mon côté, j’étais redac chef du site culturel french-steampunk.fr et j’avais déjà eu l’opportunité de faire intervenir Etienne dans mes colonnes. Au vu de la popularité grandissante du Steampunk en France, Etienne a proposé à ActuSF de faire un Petit Guide sur cette thématique. A notre grande joie, Jérôme Vincent et son équipe ont accepté.
L’idée de ce guide était de faire un état des lieux du Steampunk tout en proposant d’une certaine façon de séparer le bon grain de l'ivraie et de faire intervenir des personnes qui créent et/ou font vivre le Steampunk.

Étienne Barillier : J’avais publié le premier de mes essais historiques sur le steampunk aux Moutons électriques : Steampunk ! L'esthétique rétro-futur (en 2010). L’idée forte derrière le Guide Philip K. Dick était qu’il ne fallait pas s’adresser aux fans ni aux gens du milieu, de prendre le risque d’être simple et pédagogue, de prendre par la main le lecteur curieux et de l’amener plus loin… tout en intéressant le lecteur érudit en lui apportant la petite information supplémentaire qu’il ignorait peut-être. Nous avons grand besoin de telles collections de référence, même à l’époque de l’internet, j’en suis convaincu. Je crois en la noblesse de défricher le terrain pour que d’autres puissent venir à leur tour approfondir, développer, trouver de nouvelles voies. Le Guide steampunk a été conçu dans la même optique, avec la même ambition. D’où une structure simple en trois parties avec une étude du genre, des fiches pratiques et enfin des entretiens qui laissaient la parole à des gens qui faisaient vivre le mouvement.

Actusf : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur celui-ci ? De quoi cela parle-t-il ? Comment définiriez vous le steampunk aujourd’hui ?

"C’est un genre en mutation permanente qui intègre et rejette constamment de nouveaux éléments. Il est toujours pour moi une uchronie rétrofuturiste déviante, un jeu avec la littérature, l’histoire et le temps."

Arthur Morgan : Le Guide est à destination des néophytes mais également des vaporistes (Steampunkers francophones) connaissant un domaine en particulier mais désirant étendre leur connaissances. Il est composé d’un essai sur l’histoire du Steampunk et ses grandes thématiques puis de fiches explorant chaque aspect de ce mouvement. Pour moi, le Steampunk est avant tout une esthétique rétrofuturiste néo-victorienne.

Étienne Barillier : Le steampunk aujourd’hui n’a rien à voir avec celui d’il y a trente ans, quand le nom steampunk apparaissait. C’est un genre en mutation permanente qui intègre et rejette constamment de nouveaux éléments. Il est toujours pour moi une uchronie rétrofuturiste déviante, un jeu avec la littérature, l’histoire et le temps.

Actusf : Un guide, deux auteurs. Comment avez-vous travaillé ? Quelles sont les différentes étapes ? Comment vous-êtes vous répartis le travail ? Chacun ses articles ou vous travaillez à deux sur chacun d’eux ?

Arthur Morgan : Nous avons fait quelques réunions de travail afin d’être sûr de ce que nous voulions dire et de mettre en place une vision commune pour le Guide. Nous avons co-rédigé toute la partie essai puis nous nous sommes répartis les articles suivant nos affinités. Une relecture commune a ensuite permis de trancher sur certains avis quand nous n’étions pas d’accord et d’avoir un seul et unique style d’écriture.

Étienne Barillier : Après avoir défini le squelette de l’ouvrage, nous nous sommes partagé la charge de travail en fonction de nos goûts et compétences. Nous avons principalement travaillé en ligne, avec des outils collaboratifs.

Actusf : Une édition revue et augmentée. Qu’est-ce qui change ? Le steampunk a t-il tellement évolué ces dernières années ?

"Le Steampunk évolue patiemment, explore de nouveaux territoires mais également apparait de plus en plus dans la culture “grand public”."

Arthur Morgan : En 5 ans, le Steampunk a déployé ses ailes dans de nombreux domaines. Beaucoup d’évènements sont apparus, beaucoup d’ouvrages ont été écrits, beaucoup de jeux ont été développé. Nous avons donc eu à cœur de sélectionner de nouveaux sujets d’articles mais également d’aborder plus la dimension “fait soi-même” par exemple. Le Steampunk évolue patiemment, explore de nouveaux territoires mais également apparait de plus en plus dans la culture “grand public”.

Étienne Barillier : Il y a cinq ans le livre était beaucoup plus un acte militant. Le steampunk était un sous-marin qui naviguait dans les profondeurs et il fallait le rendre bien plus visible. Aujourd’hui c’est chose faite et on l’aperçoit même parfois à la surface ! La nouvelle édition suit le genre dans ses dernières évolutions et ses dernières tendances, notamment dans sa dimension culturelle. Qui aurait pensé il y a cinq ans que le steampunk serait devenu ce qu’il est aujourd’hui ?

Actusf : Il y a dedans de nombreuses interviews. Comment avez-vous choisi vos invités et ont-ils tous été faciles à interroger ? Certaines réponses, vous ont-elles surprises ?

Arthur Morgan : Certains interviewés ont été plus difficiles à contacter mais étonnement, toutes les personnes que nous avions contacté ont répondu présent ! Pour moi, la genèse du Steampunk par le biais des interviews des pères fondateurs (Powers, Blaylock et Jeter) fut le plus intéressant. L’interview de Prof Elemental vaut également le coup d’œil.

Étienne Barillier : Outre le fait de pouvoir s’adresser à Tim Powers, James Blaylock et K. W. Jeter, je suis heureux des entretiens dans les deux éditions. Il a fallu faire des choix, nous avions un nombre de pages limité. Pour la deuxième édition, s’il ne fallait en citer qu’un, je dirais que je suis particulièrement fier d’avoir recueilli la parole de Didier Graffet.

Actusf : Le steampunk est un genre qui vous tient particulièrement à cœur. Est-ce un genre qui vous permet de vous exprimer plus facilement ? D’aborder des sujets qui vous tiennent à cœur ?

"Le steampunk est une esthétique, un genre de tous les genres. Il est l’alliance chaotique de toutes les formes possibles."

Arthur Morgan : Le XIXème siècle est une période folle et je retrouve cette folie dans le Steampunk. Je trouve intéressant la similitude entre l’ère victorienne et notre époque (pollution, travail des enfants, révolution industrielle). J’ai surtout l’impression que le Steampunk permet toutes les folies.

Étienne Barillier : Le steampunk est une esthétique, un genre de tous les genres. Il est l’alliance chaotique de toutes les formes possibles. J’ai toujours considéré le steampunk comme une boite à outils. À chacun de s’en emparer et d’en faire quelque chose !

Actusf : Quel est l'avenir du steampunk ?

Arthur Morgan : Bien malin celui qui pourra prédire quoi que ce soit en terme de Steampunk ! Mais j’aime à penser que le multiculturalisme pourrait être un développement intéressant pour notre mouvement.

Étienne Barillier : Il est exactement ce que les artistes en feront. Chaque fois qu’une nouvelle œuvre apparaît, elle repousse un peu plus loin la citation et la création.

Actusf : Quel est votre roman steampunk préféré ? Pourquoi ?

Arthur Morgan : Sans hésitation La Lune Seule le sait de Johan Héliot. Tout y est, la technologie anachronique, le recyclage de la littérature et de l’Histoire (Jules Verne est envoyé sur la Lune pour sauver Louise Michel), la superbe écriture et une réflexion politique qui est absente de nombreux romans Steampunk malheureusement. Et il ne s’agit pas d’une énième histoire de scientifiques disparus.

Étienne Barillier : La question qui fâche ! Donc je vais en citer deux, les deux romans que j’ai relus immédiatement après les avoir dévorés : La Lune seule le sait de Johan Héliot et Les Enchantements d’Ambremer de Pierre Pevel. Cela peut sonner comme une évidence aujourd’hui, mais la découverte de ce steampunk purement francophone, dans le fond et la forme, avait été comme un coup de tonnerre dans mon imaginaire.

Actusf : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Arthur Morgan : Je travaille sur plusieurs projets d’écriture un peu trop embryonnaires pour que je puisse réellement en parler. Mais je relance mon podcast Steampunk.

Étienne Barillier : Un roman steampunk écrit à quatre mains avec Cécile Duquenne. Le nom de code est pour le moment #ProjetBrigades et nous sommes actuellement en train de l’achever. J’ai un autre roman en préparation, encore à l’état de projet.

Actusf : Où peut-on vous rencontrer dans les mois à venir ?

Arthur Morgan : Quelques dédicaces en librairie et de grands salons (Les Imaginales, Anno 1900, Uchronicité…).

Étienne Barillier : Mon carnet de bal est vide pour cette fin d’année, mais je pense que mes éditeurs sauront me le remplir pour la rentrée littéraire !

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