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La Parabole du Semeur

Octavia Butler ( Auteur), Philippe Rouard (Traducteur)
Aux éditions : 
Date de parution : 30/09/01  -  Livre
ISBN : 9782846260183
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Jerome   - le 20/09/2018

La Parabole du Semeur

Son nom ne vous dit sans doute pas grand chose et pourtant Octavia Butler n'est pas tout à fait une inconnue. Cette imposante auteur américaine de 54 ans n'en est pas à son premier livre en France. Quelques titres comme Les Liens du sang ou Humains plus qu'humains ont été publiés ça et là. Avant La Parabole du Semeur qui semble être son grand chef d'œuvre, Octavia Butler poursuivait deux cycles parallèles : les Xenogenesis et la Patternist series auxquels les romans que nous venons de citer appartiennent.

Avec La Parabole du Semeur, changement de cap. Plus question d'extra-terrestres mais bel et bien d'êtres humains. La situation de départ est plutôt noire. En 2024, l'Amérique a sombré dans le chaos. La violence, la mort et la barbarie font la loi. Il reste deux sortes d'habitants. Ceux qui ont encore quelque chose et qui se cachent derrière les grands murs qui entourent leur maison. Et ceux qui n'ont plus rien, subissant jour après jour la loi de la jungle et la misère. Ils sont condamnés à essayer de voler les plus riches pour survivre.

Une situation sans avenir...

Lauren fait partie des nantis. Elle ne possède pas grand chose mais au moins sa famille a un toit et un semblant de sécurité. Avec ses voisins, elle habite un quartier intact abrité de l'extérieur par de hauts murs. L'entraide y est de mise comme l'entraînement au tir, chaque famille possédant au moins une arme. Dehors le chaos est total. Et dans un tel contexte une situation aussi paisible n'a pas d'avenir. Lauren sent bien que son quartier vit ses derniers mois de tranquillité. Et après, que faudra-t-il faire ? Se lancer sur les routes comme des millions de vagabonds et tenter de se rendre au nord là ou paraît-il, il y a encore du travail ? Un avenir en forme de sens unique pour ceux qui ne veulent pas s'y préparer. Mais Lauren est bien seule à tenter de constituer de petits pacs de survie " au cas où ". Personne ne veut penser à l'éventuel effondrement des murs de protection. Personne ne veut envisager de quitter sa sécurité précaire.

Une drôle de religion

Pire, personne n'a envie d'entendre notre héroïne évoquer la possibilité que tout puisse s'écrouler. Sur ce sujet comme sur celui de la religion elle doit se taire. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, Lauren est en rupture avec les croyances de sa famille. Elle ne croit plus au Dieu baptiste de son père. Elle préfère imaginer un dieu sans concession. Un dieu qui ne s'intéresserait pas aux humains et qui surtout ne serait pas immuable. La doctrine de Lauren est simple : Dieu comme le reste est changement. Il façonne les hommes autant qu'ils le façonnent et chacun doit prendre son destin en main pour s'adapter aux misères de la vie. Basée sur la solidarité, la convivialité et la liberté, la religion qu'a inventée Lauren est bien séduisante. Mais " La Semence de la terre " comme elle l'appelle n'a pas forcément sa place dans un monde aussi dur. Encore une idée qu'elle doit garder pour elle. Jusqu'au jour où, comme elle l'avait pressenti, tout s'effondre…

Un grand livre


Soyons honnête, La Parabole du Semeur est un grand livre. Tout simplement. Bien sûr, il a ses petits défaut, mais l'aventure humaine de Lauren est assez forte pour nous captiver jusqu'à la dernière page. Succession de drames et de joies, c'est un livre parfois dur. On y meurt souvent et sans distinction d'âge ou de sexe. Les belles ambitions de l'héroïne n'en sont que plus attachantes. Alors que la barbarie fait rage Lauren se bat pour tisser des liens étroit d'amitié et d'entraide autour d'elle. Et Octavia Butler d'en profiter pour glisser bon nombre de messages contre le racisme, l'esclavage, le viol, l'exclusion, la violence… A travers son héroïne et malgré la noirceur du tableau, elle porte un immense espoir. Ce n'est bien entendu pas déplaisant, au contraire. Cela rend le livre beau et revigorant.

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