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Le Styx coule à l'envers

Dan Simmons ( Auteur), Jean-Daniel Brèque (Traducteur), Eikasia (Illustrateur de couverture)
Aux éditions :   -  Collection : 
Date de parution : 31/03/02  -  Livre
ISBN : 2070423484
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Laurent   - le 20/09/2018

Le Styx coule à l'envers

Le Styx coule à l'envers est en quelque sorte un recueil qui n'existe pas. Il s'agit en fait de la conglomération astucieuse de nouvelles écrites et publiées à des époques variées. Conglomération astucieuse disais-je, car le recueil nous fait bien sentir son unité, à peine dissimulée par son titre évocateur, tirée du récit homonyme.
Car Le Styx coule à l'envers défile noir sous nos yeux. La préface truculente d'Harlan Ellison nous éclaire d'ailleurs sur l'âge des démons qui hantent ce cher Dan Simmons, car cette nouvelle est aussi celle qui l'a fait découvrir aux yeux (terrifiés) du public et de ses pairs, il y a maintenant plus de vingt ans. Voici donc un recueil en forme d'hommage aux ténèbres. Mais attention: un hommage majeur.

Le coup d'essai de l'auteur a été un coup de maître, et l'effroi vous saisit dès les premières lignes de cette traversée à rebours du Fleuve des Morts (Le Styx coule à l'envers). Mais il restait encore à Simmons à passer sa transformation. Et là, faites votre choix: Simmons nous livre une vision du monde noircie au brou de noix et aux cendres mortuaires. On vomirait volontiers les limaces grouillantes qui pourrissent nos corps de cancers (dans Métastases). On se régale du dégoût nourri de militantisme qui baigne Passeport pour Vietnamland (où des touristes blasés rejouent le Vietnam), ou Les Mémoires privés de la pandémie des stigmates de Hoffer (Quand l'humanité se met à afficher ses vices et universalise le délit de sale gueule). Les télévangélistes véreux en prennent aussi pour leur grade (dans Vanni Fucci est bien vivant et il vit en Enfer, et Douce nuit, sainte nuit), même si, en tant que lecteur français, il est difficile de goûter pleinement le pittoresque de ces nouvelles.

Vous vous en doutez, Le Styx coule à l'envers n'est pas follement gai. Regroupant des nouvelles parmi les plus noires de Dan Simmons, ce recueil vous fait l'effet d'une digestion très difficile. Mais finalement, on en redemande, mes nouvelles préférées étant parmi les plus funestes (Mes Copsa Mica est notamment un bijou macabre). J'ai aussi été proprement désarmé par la Photo de classe. De par l'excellence de la forme d'abord ; il y a bien longtemps que je n'avais pas lu une nouvelle fantastique aussi bien ouvragée. De par le récit, ensuite, de cette institutrice modèle qui perpétue coûte que coûte sa profession de foi, même si son auditorat n'est plus constitué que des oreilles distraites d'enfants-zombies. Un chef-d'œuvre à ne louper sous aucun prétexte.

Les récits de Dan Simmons sont peuplés de vivants qui ont la mort pour environ. Soit qu'ils la subissent douloureusement, soit qu'ils l'accueillent comme l'expédient de leur fantasmagorie. Souvent le fantastique de Simmons flirte avec le super-réalisme, constituant de véritables perles d'effroi pur, sans jamais tomber dans les clichés de la littérature de genre. Ce recueil ne vient pas démentir tout le bien que je pense de cet américain là.

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