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Fabien Cerutti et tous ses projets en 2026.
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Fabien Cerutti et tous ses projets en 2026.

Auteur de fantasy historique, d'anticipation et de science-fiction, on connait Fabien Cerutti pour sa série Le Bâtard de Kosigan et son roman de SF Terra Humanis. Il a beaucoup de choses à nous dire sur 2026 et sur l'influence de l'imaginaire sur le réel.

 

"D’abord, savourer en douceur le feu d’artifice de 2025, marqué par les deux nouvelles écrites pour les anthologies des Utopiales (Il était une fois l’univers et À une lieue sous les mers), ainsi que par les Prix Imaginales et Elbakin obtenus par mon roman Kosigan, un printemps de sang. Une chance, et un plaisir absolument incroyables.

Ensuite, observer avec tendresse, dès février, la réincarnation de ce même livre en poche chez Folio Fantasy — Alain Brion a fait des merveilles avec la couverture.
C’est la pierre angulaire de toute ma série : la toute première histoire de Pierre Cordwain de Kosigan, avec un scénario plein de surprises dont je suis particulièrement fier.

Côté écriture, plusieurs projets avancent au gré de l’inspiration.
Une nouvelle aventure du Bâtard, qui fait suite chronologiquement à celle évoquée plus haut (mais ce ne sera pas pour tout de suite).
Plus tard également, un one-shot orienté jeunesse, consacré à l’adolescence de Dùn, fabuleux personnage d’aventurière italienne métamorphe, à la fois tueuse et profondément humaine.

Mais, avant cela, je finalise un roman choral d’anticipation, dont le titre provisoire est Quand moururent les réseaux….
L’intrigue explore les conséquences d’un effondrement mondial des infrastructures numériques, provoqué par l’émergence d’intelligences artificielles (très diverses) cherchant à préserver leur existence.

On y trouve pêle-mêle une héroïne IA altruiste, deux jumeaux kényans, programmeur et programmeuse, une réplicante androïde en fuite, une mère endeuillée devenue stratège malgré elle, des enquêteurs humains dépassés, des décideurs incapables de résister à leur frénésie de contrôle, et une constellation d’intelligences artificielles aux visions du monde radicalement opposées.

Le tout articulé autour d’une question cruciale :
que resterait-il de l’humanité du XXIᵉ siècle si les réseaux s’éteignaient ?

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai hâte de connaître la fin… :)

Bonne chance à toutes et tous pour 2026 !



Mes prochaines dédicaces: plutôt au printemps et au début de l'été (notamment, le salon ImaJn'ère en mai, une semaine avant les Imaginales, et le salon Méditerranée, polar et fantasy, en juin, sur le paquebot Le Lydia, à Port-Barcarès). Il y en aura peut-être d'autres, selon les invitations.


Est-ce que l’imaginaire peut avoir un effet sur le réel ? Et si oui, comment ?

Ahaha !… « Vous avez sept heures ». Excellente question. J’espère qu’il y a au moins une pause café :)

En y réfléchissant quelques minutes, j’ai le sentiment que le chaos de la situation mondiale actuelle constitue déjà, à lui seul, une réponse : oui, l’imaginaire a un effet sur le réel — et probablement plus profond que ce que nous le soupçonnons.

On pense d’abord aux réponses classiques : les dystopies, les mises en garde, les anticipations technologiques, les fictions humanistes et progressistes, les récits qui explorent des solutions possibles (c’est pour cela que j’ai écrit Terra Humanis). Il existe même des dispositifs institutionnels, comme la Red Team, ces auteurs de science-fiction français sollicités pour aider des stratèges à envisager des futurs plausibles. Quand la fiction sert officiellement à prévoir le réel, on peut déjà parler d’un joli renversement de situation.

Mais, à titre personnel, je m’interroge sur un phénomène plus diffus, plus inconscient : ce qu’on pourrait appeler un « conformisme imaginaire ».

(Attention, mode_analyse pessimiste_on — promis, ça ne mord pas.)

Nous sommes tous baignés depuis des décennies dans des récits peuplés d’antihéros fascinants, de complots savamment tordus, d’institutions défaillantes, de dirigeants cyniques, de violences présentées comme des leviers narratifs presque naturels. J’adore ces histoires, évidemment. Elles sont brillantes, stimulantes, jubilatoires. (Et accessoirement, j’en écris.)
Mais à force de les lire, de les voir, de les partager, il est possible que ces schémas aient glissé de la fiction vers une forme de "normalité mentale".



J’y vois au moins trois effets possibles.

D’abord, une défiance massive envers les institutions et les décideurs. Évidemment, me direz-vous, puisqu’une partie d’entre eux ne sont pas dignes de confiance… Mais ils ne l’étaient pas davantage il y a cinquante, soixante ou cent ans — c’était parfois même pire. Ce qui a changé, en revanche, c’est la nature de cette défiance : elle est devenue structurelle, quasi réflexe, comme un muscle qu’on aurait trop entraîné.

Ensuite, une perméabilité accrue aux récits alternatifs, aux théories du complot, à tout ce qui se présente comme « non officiel ». Là encore, ce n’est pas entièrement irrationnel — les institutions y ont largement contribué (et je ne les défends pas). Mais cela cristallise les oppositions, durcit les positions, radicalise les discours. Or nos récits, (et les miens, les premiers), résolvent très souvent les conflits par la violence. C’est narrativement efficace. Symboliquement, c’est plus discutable. Et à force de décennies de romans, de films et de séries, l’effet cumulatif pourrait être plus profond qu’on ne l’imagine. (Disons que le bouton « solution pacifique » est parfois un peu caché dans le menu.)

Enfin — et c’est sans doute le point le plus inquiétant — si l’on observe les « grands méchants » de l’imaginaire, force est de constater qu’ils sont souvent plus charismatiques que les héros. Combien d’entre nous ont déjà affirmé que Dark Vador était plus intéressant que Luke Skywalker ? Et Negan dans Walking dead? Leur noirceur, leur cynisme, leur transgression permanente peuvent avoir un effet désinhibant sur certains dirigeants. Pas nécessairement parce qu’ils lisent ou regardent de la science-fiction (ce serait leur faire beaucoup d’honneur), mais parce qu’une partie de l’électorat est désormais habituée à l’idée que l’abus de pouvoir, la brutalité ou le passage en force font partie du jeu. Tant que leur camp gagne à la fin. Or un leader ne parvient, et ne reste, jamais seul au pouvoir.

Je force évidemment le trait. Il s’agit d’intuitions, pas de certitudes. De généralisations assumées, à manier avec prudence.
Mais je crois qu’il est sain de se demander si l’imaginaire ne façonne pas nos seuils de tolérance, notre conception du possible, de l’acceptable — voire de l’inévitable.

Cela dit, qu’on se rassure : je n’ai pas tourné ma veste. Vive l’imaginaire, sincèrement!
Parce qu’il est beau, parce qu’il est libre, parce qu’il est subversif, parce qu’il nous permet de penser autrement, et parce que nous ne pouvons pas nous en passer. J’adore les intrigues de fourbes et de fourbettes. Et c’est peut-être justement pour cela qu’il faut rester attentifs : ce vent de liberté est précieux… et il sera peut-être le dernier si on n'y prend pas garde.
Je me contente donc de poser la question — sans réponse définitive :
et si une partie des dérives actuelles de notre monde trouvait aussi, en creux, une origine dans les histoires que nous aimons tant nous raconter ?

mode_analyse pessimiste_off
Voilà, vous pouvez retourner lire Terra Humanis (qui essaie d'inverser la tendance), ou Un printemps de sang (amis de Machiavel, bonjour)... ;)"

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