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Frankenstein délivré

Brian Aldiss ( Auteur), Jacques Polanis (Traducteur), Wojtek Siudmak (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 28/02/1978  -  livre
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Frankenstein délivré

Historien, critique, nouvelliste, romancier, anthologiste, poète, Brian Aldiss est incontestablement l'un des polygraphes les plus hyperactifs des multivers de la science-fiction. Son histoire du genre, A trillion years spree, fait encore autorité et ses romans et nouvelles ont marqué de nombreuses générations en renouvelant bon nombre de thèmes classiques : Croisière sans escales, Le Monde vert, Barbe grise, Helliconia... Dans ses œuvres les plus personnelles, Brian Aldiss fait preuve d'une grande originalité et demande aux lecteurs un investissement intellectuel qui est loin d'être insignifiant, sans négliger pour autant aucun des aspects divertissants du roman d'aventures. Dans le Swinging London de la fin des années soixante, lié au mouvement porté par la revue New Worlds de Michael Moorcock, il ira jusqu'à publier un texte très expérimental, Barefoot in the head, inspiré du style de James Joyce et se déroulant dans un monde hanté par les hallucinations consécutives à une grande guerre psychédélique. Auteur professionnel depuis le milieu des années cinquante, ce jeune homme de quatre-vingt-cinq ans vient de publier en 2011 un nouveau recueil de poèmes. Brian Aldiss, qui n'a jamais renié sa dette envers les textes fondateurs de la science-fiction, reprend dans son Frankenstein délivré les thèmes du célèbre roman de Mary Shelley et les adaptes avec une grande intelligence.
 
Glissements de temps gothiques
 
La réalité se désagrège, le temps s'effiloche et demain se trouve peut-être la semaine dernière : une terrible guerre future est à l'origine de failles dans l'infrastructure spatiale, ce qui provoque des glissements de temps aléatoires. A la suite d'une de ces ruptures de l'espace-temps Joseph Bodenland, ancien conseiller présidentiel, est arraché à son époque pour se voir projeté aux environs de Genève en 1816. Il y rencontrera le baron Victor Frankenstein et sa créature ainsi que Lord Byron, Percy Shelley et sa ravissante compagne Mary Wollstonecraft Godwin. Le Prométhée moderne ne serait donc pas seulement un mythe ?
 
Une mise en abyme habile et loin d'être dénuée de profondeur
 
Certains noms, comme celui de Frankenstein, possèdent une puissance évocatrice hors du commun. S'attaquer à un mythe tel que celui-ci sans tomber dans la pénible redite n'est certainement pas à la portée du premier venu et il fallait bien le talent de Brian Aldiss pour ne pas tomber dans le piège. Par la vertu d'un accident temporel, il fait entrer Joe Bodenland dans la légende, un peu à la manière des récentes aventures de Thursday Next, le personnage des romans de Jasper Fforde. L'histoire est contée avec des  tournures imitées de celles du dix-neuvième siècle,  tout en évitant le pastiche ridicule ou l'exercice de style pénible, en dépit ou peut-être grâce à certaines scènes, à prendre au second degré, dans lesquelles certains protagonistes prennent des poses d'un romantisme outré.
 
Si l'on considère avec Brian Aldiss que le Frankenstein de Mary Shelley est le premier roman de science-fiction jamais écrit, il est évident que l'une des spécificités du genre a toujours été d'attirer l'attention sur les effets et risques potentiels des progrès scientifiques sur le devenir de l'humanité. Comme le démontre malheureusement une actualité tragique, la science échappe parfois à l'homme, allant jusqu'à l'asservir au lieu de le libérer. L'auteur reste dans la lignée de son modèle et nous offre une relecture passionnante du mythe, augmentée de quelques réflexions toujours pertinentes sur les applications vulgaires d'une certaine recherche scientifique à la solde du commerce. Près de quarante ans après sa rédaction, Frankenstein délivré mérite encore sa place aux côtés du roman de Mary Shelley dans les meilleures bibliothèques.

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