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Le Dictionnaire de la fantasy par Anne Besson
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Le Dictionnaire de la fantasy par Anne Besson

A l'occasion de la parution du Dictionnaire de la fantasy aux éditions Vendémiaire à l'automne dernier, découvrez une interview d'Anne Besson, directrice de cet ouvrage.

Actusf : Le Dictionnaire de la fantasy est paru il y a quelques mois Éditions Vendémiaire. Quelle a été l’idée à l’origine de cet ouvrage ?

Anne Besson : Les Éditions Vendémiaire avaient déjà une collection de Dictionnaires, tous identifiés par la même belle couverture à fond noir, dédiée à des genres cinématographiques plutôt, comme le Western, le cinéma fantastique et de science-fiction, tout récemment la comédie musicale… Plutôt orientée vers l’histoire au départ, cette maison d’édition s’était déjà aventurée dans la « culture pop » – avec des ouvrages sur les séries télévisées, comme Kaamelott, un livre d’histoire, dirigé par deux contributeurs du dictionnaire, Justine Breton et Florian Besson (aucun lien de parenté !).
Donc c’est leur idée, ce dictionnaire, et au départ le projet était porté par l’historien William Blanc, auteur de très bons livres sur l’histoire politique des fictions médiatiques (Arthur, un mythe contemporain, Les Super-héros, une histoire politique, chez Libertalia) – il signe de nombreux articles de notre Dictionnaire, ceux sur la Bande dessinée, les comics, le cinéma, l’illustration… Quand ils m’ont contactée, ça m’a semblé une évidence qu’un tel ouvrage manquait et qu’il aurait sa place dans les références incontournables pour les amateurs !

Actusf : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur son contenu ?

Anne Besson : Notre Dictionnaire a privilégié de longues notices permettant des approches approfondies plutôt que des mini-entrées qui auraient permis plus d’exhaustivité : en tout 145 notices, rédigées par une cinquantaine de collaborateurs, tous des spécialistes – avec selon les cas soit des érudits généralistes, qui ont une connaissance panoramique de la production de fantasy, qui ont tout lu ! : c’est en particulier le cas des membres de l’association Elbakin.net, dont la collaboration a été très précieuse ; soit des universitaires très pointus sur un sujet : ainsi, les notices « Antiquité », « épopée » et « mythologie antique » ont été confiées à Sandra Provini et Mélanie Bost-Fievet, qui travaillent sur les littératures latines tardives et avaient dirigé L’Antiquité dans l’imaginaire contemporain - Fantasy, science-fiction, fantastique en 2014 chez Classiques Garnier ; de la même façon, les entrées sur le Moyen Âge et l’imaginaire arthurien sont l’œuvre de médiévistes (Anne Berthelot, Emmanuelle Poulain-Gautret, Myriam White-Le Goff…), la notice sur Howard est de Patrice Louinet, la notice sur Tolkien de Vincent Ferré, etc. Bref, j’ai essayé d’avoir à chaque fois le meilleur rédacteur pour proposer à nos lecteurs le meilleur texte possible, avec une grande exigence de qualité.
Certaines notices apparaissent plusieurs fois dans le sommaire car celui-ci contient aussi ce qu’on a appelé des « points de vue » : ce sont alors les auteurs et autrices de la fantasy qui parlent (Charlotte Bousquet, Fabien Clavel, Lionel Davoust, Estelle Faye, Mélanie Fazi, Jean-Philippe Jaworski), dans des formats totalement libres qu’ils ont investi chacun avec leur singularité.
L’ensemble doit donner envie de découvrir la richesse de la fantasy : même ceux qui la connaissent bien devraient encore apprendre des choses et faire croître leurs PàL !

Actusf : A travers le Dictionnaire de la fantasy, vous abordez de nombreux thèmes et une grande variété d’auteurs. Comment avez-vous choisi desquels traiter en priorité ? Comment avez-vous travaillé ?

[...]"la fantasy ne doit pas devenir une belle statue figée, elle doit continuer à bouger et à bousculer !"

"Pourquoi ce choix ? Parce qu’il nous permet en fait de parler de plus d’œuvres, de plus d’auteurs, dans tous les domaines culturels au-delà du texte et de l’image, et de montrer chaque fois les traitements souvent très diversifiées, et l’évolution, au fil d’un siècle et demi d’histoire, de la perception des mêmes thématiques."

Anne Besson : Le choix des entrées a été un travail collectif mené par William Blanc, puis affiné en plusieurs étapes à mesure qu’on avait des retours, « telle chose manque », « tel nom doit apparaitre »… J’ai tenu le cap qu’on s’était fixé de donner la priorité aux entrées thématiques, transversales, plutôt qu’aux monographies consacrées à des auteurs – ainsi à D on va avoir « Diplomatie », « Diversité », « Dragon », et seulement « Lord Dunsany », et puis ça continue avec « Édition », « Éléments », « Elfe », « Élu »… Tous les grands médias de la fantasy font l’objet d’une notice longue (Jeu de rôle et Jeu Vidéo mais aussi GN et Cosplay), les genres voisins, « Fantastique », « Péplum », « Science-Fiction », « Steampunk » sont également traités.
Pourquoi ce choix ? Parce qu’il nous permet en fait de parler de plus d’œuvres, de plus d’auteurs, dans tous les domaines culturels au-delà du texte et de l’image, et de montrer chaque fois les traitements souvent très diversifiées, et l’évolution, au fil d’un siècle et demi d’histoire, de la perception des mêmes thématiques. On a tout de même gardé quelques notices consacrées à des auteurs et autrices « incontournables », et c’est plutôt là que ça a été difficile de choisir – fatalement, ça ne pouvait pas être exhaustif, et en fait je voulais éviter que cette sélection ait l’air de fixer un « canon » de la fantasy, de figer un « patrimoine », alors qu’on a affaire à un genre en mouvement, en perpétuelle réinvention, et qui actuellement redécouvre son propre passé : de grands auteurs de la « première fantasy » ont été un peu oubliés, la place des femmes dès les débuts du genre peut être réévaluée, etc. La légitimation du genre dont ce Dictionnaire est un des indices importants ne doit pas à mon sens être synonyme de sa patrimonialisation, la fantasy ne doit pas devenir une belle statue figée, elle doit continuer à bouger et à bousculer !

Actusf : La fantasy a souvent mauvaise presse alors qu’elle aborde de nombreux sujets et renvoie parfois à des sujets d’actualités, tout en interrogeant notre monde. Parler de fantasy, vous a-t-il permis d’aborder des sujets qui vous tiennent à cœur et dont vous n’auriez pas pu parler autrement ?

Anne Besson : Je suis universitaire, pas créatrice, donc je déplace un peu la question… Le fait de travailler sur un objet contemporain et « populaire » ne me vaut pas de stigmatisation (je suis peut-être une exception, mais c’est le cas), et au contraire m’apporte beaucoup dans mon travail : j’ai la chance d’être au contact d’une actualité du domaine qui n’a cessé d’être chargée (les Harry Potter, les films de Peter Jackson, les saisons de Game of Thrones…), et aussi d’être au contact de ceux qui font le genre en France, les auteurs, éditeurs, animateurs d’événements. Pas de « tour d’ivoire » possible avec une telle spécialisation, directement liée à des évolutions socio-culturelles très dynamiques !

Actusf : On voit souvent la fantasy comme un vaste espace de création et de liberté. Mais… Peut-on vraiment tout y faire ? A-t-elle des limites ?

"Ceci dit, ces attentes et ces codes sont en perpétuelle évolution : chaque œuvre les fait « bouger », de nouveaux possibles s’ouvrent [...]"

Anne Besson : Les limites sont celles du genre, de ses codes et conventions : en tant que lectrice/spectatrice/joueuse, je n’ai pas envie d’aller vers une œuvre de fantasy et de voir mes attentes frustrées, ne pas m’y retrouver du tout – c’est bien normal. Ceci dit, ces attentes et ces codes sont en perpétuelle évolution : chaque œuvre les fait « bouger », de nouveaux possibles s’ouvrent (par exemple ? la représentation de sexualités plus diversifiées, sortant d’une normativité hétérosexuelle), tandis que des habitudes anciennes deviennent obsolètes, ce qui est une bonne chose !

Actusf : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Anne Besson : J’ai plusieurs parutions en cours d’ouvrages collectifs que je dirige, notamment un numéro de la Revue de la BNF en lien avec la superbe exposition consacrée à Tolkien dont on commence à pas mal entendre parler, et qui se tiendra donc à la Bibliothèque Nationale de France à Paris à partir d’octobre 2019 ; et un projet qui me tient à cœur car il contribue à rapprocher la recherche universitaire et le public des amateurs de fantasy, l’édition des actes du premier colloque des Imaginales d’Epinal, Fantasy et Histoire, à paraitre en mai… aux éditions ActuSF !
J’attire aussi l’attention sur la rubrique « L’université de l’imaginaire », sur le site ActuSF, où ma collègue Natacha Vas-Deyres publie des articles fort intéressants pour creuser l’analyse de nos genres favoris.

Actusf : Où peut-on vous rencontrer dans les mois à venir ?

Anne Besson : Je ferai un passage au Festival Atrebatia à Arras – la ville où je travaille, dans un événement qui m’est cher puisqu’il fait découvrir le genre dans la région –, le week-end du 16-17 février, pour une conférence et des signatures avec William Blanc ; et comme chaque année, fin mai je serai aux côtés de l’équipe d’animation aux Imaginales d’Epinal.
Enfin le MOOC Science-Fiction que j’anime avec une équipe de spécialistes universitaires reprendra cette année pour une seconde session, du 7 mai au 25 juin, toujours sur France Université Numérique.

Actusf : Une dernière question… Si vous deviez conseiller une œuvre, quelle serait-elle ?

Anne Besson : Tolkien bien sûr, quelle question ! Après on peut tricher et l’éliminer de l’équation, mais alors je suis autorisée à en citer plusieurs : à côté de ceux qui sont à mes yeux les « grands classiques » (George R.R. Martin, Philip Pullman et Neil Gaiman sont mes favoris), je ne saurai trop conseiller de découvrir la fantasy française et ses formidables romans !

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