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L’Espace entre les guerres de Laurent Genefort
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L’Espace entre les guerres de Laurent Genefort

L’Espace entre les guerres, regroupant Dans la gueule du dragon et Une porte sur l’éther, vient de paraitre aux éditions Critic.

Retour sur l'écriture des aventures de Jarid Moray avec Laurent Genefort.

Actusf : L’Espace entre les guerres, composé de Dans la gueule du dragon et Une porte sur l’éther, paraît prochainement aux éditions Critic. Comment sont nés ces deux récits ?

Laurent Genefort : Ils sont très représentatifs de ma période Fleuve Noir, même si le deuxième texte est paru hors collection. J’écrivais alors un peu à jet continu, en me projetant dans un environnement exotique qui conditionnait le thème, l’histoire et les personnages. Dans la gueule du dragon dépeint un monde anté-archéen, en gros une boule de lave avant sa solidification en planète vivable. C’était un défi d’en faire le cadre d’une fiction romanesque, donc, évidemment, je m’y suis attelé. Dans cette même logique, une partie d’Une porte sur l’éther a pour cadre un tube d’air de cent mille kilomètres de long reliant deux planètes, c’est-à-dire un pays dépourvu de sol. Les deux se répondent, à ce niveau.

Actusf : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’intrigue ?

Laurent Genefort : Dans les deux cas, il s’agit d’une intrigue politique, avec des enjeux économiques, la galaxie ayant été colonisée par de grandes structures d’activité motivées par le profit appelées multimondiales. Celles-ci possèdent des systèmes stellaires entiers. Or il arrive que quelques-uns d’entre eux se rebellent, ou posent des problèmes. Certaines multimondiales, avant d’en venir à des mesures plus coercitives, engagent des sortes de diplomates privés pour régler les choses à l’amiable. Jarid Moray est un de ceux-là. Dans les deux aventures, régler les conflits internes induit de résoudre l’énigme de leur déclenchement. Dans la première histoire, deux gouverneurs successifs de l’unique avant-poste de la planète sont assassinés ; or, toutes les factions en présence pourraient avoir fomenté ces crimes. Dans la seconde histoire, une moisson miraculeuse a lieu sur une planète, à partir du pollen produit sur sa planète jumelle ; cette iniquité est le terreau d’une guerre à venir ; de plus, le pollen transite par un conduit où vit un troisième peuple, méprisé par les deux camps.

Actusf : On suit les aventures de Jarid Moray, un personnage sur qui repose de grands espoirs. Comment l’avez-vous créé ?

Laurent Genefort : Jarid Moray est un cas à part dans ma production SF. C’est mon seul personnage récurrent, car dans ma façon de procéder, je pars plutôt de l’univers, que les personnages viennent habiter. Jarid s’est imposé d’abord par sa fonction : seul pour enrayer la montée vers la guerre, sans superpouvoir ni qualités guerrières, le faire survivre relève déjà de la gageure, sans parler de réussir ses missions ! Je l’ai réellement conçu comme un personnage de série, avec pour seul talent de savoir louvoyer entre les factions, les institutions et des communautés qui se détestent. C’est la petite pousse qui se fraye un chemin à travers la chape de bitume. Hormis que lui est un déraciné, ce que j’aime beaucoup.

Actusf : Ces romans sont précédemment parus chez Fleuve éditions. Pourquoi les ressortir ? Les avez-vous retravaillé ? Était-ce ardu ?

Laurent Genefort : Les ressortir était cohérent, pour moi comme pour Critic : il s’agit de donner une forme définitive aux textes qui composent mon univers des Portes de Vangk, parus durant la période Fleuve Noir. Critic s’en charge depuis plusieurs années, d’ailleurs nous arrivons au bout des romans rééditables. La réécriture a été drastique sur mes premiers textes (Les Peaux-épaisses, Les Chasseurs de sève, Le Sang des immortels), ici un peu moins.

Actusf : 20 ans après, beaucoup de choses ont-elles changé par rapport à votre vision de cette intrigue ? Lesquelles ?

Laurent Genefort : L’intrigue elle-même, non, mais dans toute intrigue, le diable est dans les détails, et mes nombreux défauts d’écriture rendaient le château branlant… Préciser les personnages, « fermer des portes logiques » et vérifier la cohérence interne, cela a été notre principal travail.

Actusf : Avez-vous eu des inspirations en particulier pour ce(s) roman(s) ? Littéraires ou cinématographiques ?

Laurent Genefort : C’est peut-être le contraire qui s’est produit. Comme pour beaucoup de mes romans du Fleuve, je me suis dit : qu’est-ce que le cinéma ne peut pas offrir, que je peux offrir au lecteur ? Mais en matière d’inspiration, je fonctionne de manière typique pour un auteur de SF : tâcher de créer quelque chose de nouveau à chaque fois, apporter ma petite brique à l’édifice commun. Concernant Dans la gueule du dragon, c’est parti de la ville elle-même, qui flotte dans l’océan de magma à la manière d’un glaçon dans de l’eau bouillante, luttant constamment contre sa propre dilution. Une porte sur l’éther est née d’une discussion avec Jean-Louis Trudel autour d’un verre. Je me demandais s’il était possible de voyager entre deux planètes sans passer par le vide spatial. Ainsi est née la configuration très singulière du système de Paron. Elle n’est pas très réaliste, notamment à cause des effets de marée qui seraient dévastateurs à une distance de séparation aussi faible… mais le roman n’est pas de la hard science, ouf !

Actusf : Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Pensez-vous revenir à nouveau dans cet univers ?

Laurent Genefort : Dans l’univers des Portes de Vangk, assurément : j’ai parfois l’impression d’avoir juste effleuré sa surface !
Je viens d’achever un roman de rétroSF uchronique, en lecture chez un éditeur, ainsi qu’une longue nouvelle d’anticipation, également en lecture, pour une revue littéraire. Je participe également à des scénarios, sur lesquels je ne peux encore rien dire.

Actusf : Où peut-on vous rencontrer dans les semaines à venir ?

Laurent Genefort : Bientôt aux Utopiales, sauf annulation de dernière minute.

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