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Olivier Paquet et 2026 ! Ses projets, son prochain roman, ses événements et la question de l'imaginaire et du réel.
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Olivier Paquet et 2026 ! Ses projets, son prochain roman, ses événements et la question de l'imaginaire et du réel.

Cela fait plus de vingt ans qu'Olivier Paquet oeuvre en science-fiction, depuis ses débuts avec Structura maxima. Outre les trois tomes de la série Le Melkine, on peut citer ses romans Les Loups de Prague, Jardin d'hiver, Composite et le récent L'Ost céleste. On lui a demandé quels étaient ses projets pour 2026.


- J'ai terminé le manuscrit de mon prochain roman chez l'Atalante, pour l'automne 2026 et qui s'intitule "Plainte des immortels". C'est un roman qui se déroule, comme le précédent, dans l'univers du Melkine, mais qui se lit toujours indépendamment. Ce texte est né de l'idée qu'à l'ère des PDG transhumanistes, la phrase "il faut que tout change pour que rien ne change" est de plus en plus pertinente. C'est donc avant tout un hommage au roman de Lampedusa, Le Guépard, où le protagoniste n'est pas le prince, mais la princesse de Salina. On est sur une planète appelée Ambroisie où un enzyme ralentit tellement le vieillissement que cela rend les habitants immortels, mais pour produire de la nourriture, il faut aller dans des stations dans l'espace où le vieillissement reprend. On a donc deux sociétés et l'immortalité est une sorte de monnaie d'échange stabilisatrice. Tout cet équilibre est perturbé quand les héritiers du Melkine envoient un message pour demander à rencontrer les habitants d'Ambroisie. C'est surtout un planet-opera sur l'effet du temps, sur les aspects artificiels d'une société, mais c'est aussi une histoire d'amour sur soixante ans.

Depuis l'Ost Céleste, j'entame une série de romans post-trilogie du Melkine, avec l'idée de distiller des éléments qui finiront par se rejoindre. Ce n'est pas une saga, plutôt un cycle, comme celui de l'Ekumen de Le guin, mais j'ai une petite intuition de là où je vais arriver. Les humains de mon univers ne sont peut-être pas aussi seuls qu'ils le pensent.

Le 14 mars, je participe aux Rencontres de Sophie à Nantes pour parler des Intelligences artificielles, au milieu de chercheurs passionnants comme Daniel Andler ou Pierre Cassou-Noguès.



- Sur la question bonus. Est-ce que l'imaginaire peut avoir un effet sur le réel ?

Je dirais tout d'abord que lorsque les droits d'auteurs de mon dernier roman me permettent d'aller quelques jours à Venise, je sens très bien l'effet de l'imaginaire sur le réel !! Blague à part, c'est une question très vaste qui peut s'aborder sous plusieurs angles. Il faut rappeler en premier lieu que c'est surtout le réel qui a un effet sur l'imaginaire, nous n'imaginons pas à partir de rien, nous ne faisons qu'interpréter une époque, des faits : nous n'imaginons pas le robot de la même manière en 2025 qu'en 1926 lorsque Capek a inventé le terme. Si des ingénieurs se sont servis de créations dans des livres, films ou séries de SF, c'est parce que ces objets étaient pensables. Une fois qu'on a posé cela, la question de l'effet de l'imaginaire sur le réel rejoint des interrogations plus profondes sur le rôle des arts, de la littérature, mais cette question elle a toujours été débattue : au 18e siècle, dans sa lettre à d'Alembert sur les spectacles, Jean-Jacques Rousseau disait déjà que le théâtre n'avait aucun effet sur les mœurs du public, qu'il ne façonnait rien qui n'existait pas déjà. On cite souvent 1984 d'Orwell comme une alerte contre la surveillance de masse, la dictature, comme si son texte devait empêcher une dystopie future d'advenir, mais Orwell décrivait sa propre interprétation du stalinisme et ce n'est pas son œuvre qui a précipité la chute du Mur de Berlin. Je crois qu'il faut être très modeste sur les effets des arts sur le réel.

Je viens de terminer de lire "le spectateur émancipé" de Jacques Rancière, où justement, il s'interroge sur les effets de l'art sur les mobilisations, les prises de conscience, et il se montre très critique vis-à-vis des œuvres qui veulent sortir le spectateur de sa passivité et l'inciter à agir pour changer le monde. Je ne vais pas détailler ici son propos, mais lui, il en appelle à un art qui émancipe, c'est-à-dire qui parte du constat que celui qui lit n'est jamais passif, qu'il interprète une œuvre avec ce qu'il a déjà lu ou vécu et que l'on peut créer des distances avec le réel par des esthétiques qui changent nos représentations, sans avoir aucun pouvoir sur le résultat. C'est d'ailleurs le retour qu'on a eu de la part d'EDF lorsque nous avons terminé le recueil Hautes Tensions avec Romain Lucazeau, Marguerite Imbert et Lloyd Chéry : nous n'étions pas dans la prospective, nous ne disions pas ce qui allait arriver, nous changions le regard, nous bousculions des habitudes. D'une certaine manière, nous avons tiré les gens d'EDF hors de leur réel, à charge pour eux de raconter leurs propres histoires avec. Cette forme d'émancipation est un objectif modeste par rapport à l'ambition de mobiliser des citoyens, mais elle est clairement à portée de tout artiste qui a une démarche esthétique. Ne pas être du côté de ceux qui savent le réel face à des ignorants, comme le déplore Rancière en décrivant certaines démarches artistiques, plutôt concevoir une égale intelligence qui s'appuie sur des œuvres pour balayer le champ des possibles.

 

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