L'auteur du cycle de fantasy Le sang des 7 rois et du récent roman de science-fiction Barkhanes avec Régis Hautière nous parle de son année 2026. Et nous lui avons demandé si l'imaginaire peut avoir un effet sur le réel... Voici ses réponses...
"J'ai sorti chez Critic, fin 2025, un roman de SF coécrit avec Régis Hautière, et qui porte le titre de Barkhanes. Depuis, j'ai repris l'écriture d'une histoire de fantasy, mais je ne peux pas m'engager sur une date de sortie. Il faut que le processus d'écriture se mette en place. L'univers de ce récit est déjà posé dans les trois dernières nouvelles parues dans le recueil paru chez l'Atalante, "D'où viennent les nuages". Il s'agit d'un monde très hiérarchisé ou une lutte oppose deux royaumes depuis quatre siècles, dans lesquels une magie somme toute dérisoire tente de faire la différence. C'est en cours d'écriture. Autre sortie : Après le grand format, le livre numérique, le poche et un peu de traduction, "Le sang des 7 rois" va sortir en livre audio. Autre médium, autre lectorat, ce titre continue de faire son chemin.
Les signatures et salons à venir sont en train de se définir. Pour l'instant, je sais que je serai aux Imaginales au mois de mai.

Pour cette question, je pense que l'imaginaire a un effet sur le réel, et à plusieurs niveaux.
Le premier effet, et pas le plus modeste, est l'évasion qu'il procure au lecteur. Aux prises avec les difficultés de la vie, la lassitude, le découragement, la simple pesanteur ordinaire que nous connaissons tous, la lecture, les récits relevant de l'imaginaire procurent une sorte de refuge. M'échapper du réel m'a toujours aidé à le vivre.
Et puis, l'imaginaire est toujours un regard sur le monde, de par ses constructions politiques, ses intrigues. Les littératures de l'imaginaire nous permettent de pénétrer les coulisses du pouvoir dont nous sommes exclus, d'explorer la psychologie des personnages de papier en action dans ces mondes reliés (au sens où le livre possède une reliure). Qu'il s'agisse de fantasy ou de SF, le récit se fait outil d'analyse du présent et laboratoire de futurs à brosser. Il contribue à ce que les lecteurs réfléchissent avec les auteurs au fonctionnement de la société.
Le troisième champ sur lequel les littératures de l'imaginaire peuvent influer sur le réel, c'est la valorisation technologique de l'imagination des auteurs. Les exemples d'anticipation technologiques sont légion, avec Clarke et les satellites géostationnaires en 1945, Internet pressenti par Leinster en 1946, les terminaux personnels (smartphones, montres connectées...), les mondes virtuels, les IA... Les ingénieurs donnent vie à des concepts de SF, et ce de plus en plus rapidement. C'est la raison pour laquelle les auteurs de SF sont de plus en plus en risque d'obsolescence. À peine un concept est-il imaginé pour le futur que le présent l'adopte et le met en œuvre. Aussitôt adopté, il appartient déjà au passé. Si, d'ici quelques siècles, des voyageurs interstellaires se déplacent dans des vaisseaux ressemblant à des tambours de machine à laver, eux-mêmes protégés des radiations cosmiques par de gigantesques cubes de glace, j'aime à penser que leurs architectes auront lu le prélude du Sang des 7 rois.
Et pour la dernière question, celle entre parenthèses, je pense à titre personnel que les littératures de l'imaginaire ne doivent pas avoir pour but d'avoir un effet sur le réel, elles doivent raconter des histoires et c'est tout. Si elles poursuivaient un tel but, elles deviendraient bavardes, didactiques, pesantes, moralistes. C'est aux lecteurs et aux lectrices de faire ce chemin, ou de ne pas le faire et juste de partir en voyage."

Photo : Michael Meniane LENSMAN STUDIO